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Ève : Le retournement de la conscience sur elle-même, dites-vous, est « une condition initiale absolument incontournable pour l’enclenchement du processus d’évolution de l’être humain ». Un tel revirement psychique n’est-il pas exceptionnel et des plus rares ?
— L’introversion de la conscience — ou, selon la terminologie religieuse, la conversion — est théoriquement accessible à toutes les consciences. Il est vrai que, dans sa forme radicale et selon toutes les apparences, cette expérience psychique semble plutôt clairsemée et fragile. Dans beaucoup de cas, elle survient sans s’annoncer, peut-être à la suite d’un choc, alors que la conscience atteint un degré sans précédent de lucidité.
D’autre part, l’introversion de la conscience n’est pas expérimentée au tout début de la vie humaine. La personnalité est déjà formée lorsqu’elle s’enclenche. Comme si elle avait besoin du MOI en parallèle pour amorcer la révolution interne qu’elle suscite. En même temps et paradoxalement, la conscience convertie s’engage dans une lutte contre le MOI. Car elle se retrouve en conflit avec les tendances qui entraînent le MOI à la remorque de l’esprit mondain. N’oublions pas que le MOI se développe principalement dans l’axe horizontal en vue de l’ajustement de l’individu au milieu environnemental dans lequel il est inséré.
Or l’environnement de l’individu humain, c’est le milieu social et culturel que l’humanité interpose contre les dangers et les accidents de la nature sauvage. La société, c’est l’habitat que l’humanité se construit pour se développer et assumer son destin. Les valeurs culturelles que les sociétés poursuivent ne sont donc pas d’essence mauvaise. Bien qu’elles soient transitoires, elles sont nécessaires et visent le bien commun.
Ce qui est rejeté par la conscience convertie, ce ne sont donc pas ces valeurs elles-mêmes mais le fait qu’elles soient prises comme absolus et lorsqu’elles tiennent lieu de motivation ultime de l’agir. Il est tout à fait légitime, par exemple, qu’une personne acquière des connaissances en vue d’assumer une fonction dans la société qui lui permettra d’assurer son développement et de pourvoir à ses besoins. Ce qui ne l’est pas, c’est que toute l’énergie vitale soit canalisée exclusivement pour ça, si bien que les autres valeurs, particulièrement les valeurs transcendantes et universelles, soient sacrifiées au nom d’objectifs limités aux ambitions mondaines et terrestres.
Le converti n’a pas à renoncer à ses connaissances mais plutôt à tourner le dos à une existence mesquine dans ses perspectives et à la réduction de l’univers tout entier à ses compétences, à son prestige, à la place qu’il occupe dans la société. Il doit renoncer aux visées égocentriques d’un MOI qui plonge de profondes racines dans l’inconscient et qui sont bien difficiles à déloger. Il doit défaire ce qui a été trop superficiellement et artificiellement construit de la personnalité en renonçant aux valeurs unilatérales de l’AVOIR pour accéder au niveau plus profond de l’ÊTRE.
— Je comprends que cette expérience psychique initialise une vision alternative de la réalité en compétition avec celle que le monde projette. Mais comment peut-elle avoir un impact dans la société puisqu’elle est vécue individuellement et n’est pas à la portée du grand nombre ?
— L’introversion de la conscience existe aussi sous une forme mitigée, qui n’est peut-être pas aussi marquée mais n’en produit pas moins d’importants effets. Cette forme plus discrète de conversion se retrouve en toute personne qui détermine sa conduite dans la vie en fonction des doctrines véhiculées par le TEMPLE plutôt que de s’en remettre sans réserve à l’ordre du monde.
Pour le comprendre, on doit savoir que le psychisme humain est doté en profondeur d’une fibre spirituelle, une nostalgie sous-jacente à la conscience, le souvenir évanescent de la Divinité. En dépit de son expulsion de l’Éden intérieur, la conscience humaine demeure marquée par cette intuition qu’elle parvient à articuler sous une forme plus ou moins mythique en un corps de croyances proposées par l’institution du TEMPLE.
Nous avons dit que l’introversion de la conscience est absolument nécessaire pour enclencher le processus de l’évolution. Sur le plan social, le pendant de cette nécessaire conversion des individus, c’est le TEMPLE. La société a autant besoin de la religion organisée pour progresser que l’individu de conversion pour évoluer.
Au cours des âges et dans toutes les civilisations et cultures, les observances religieuses ont joué un rôle de redresseur de la vision partielle et partiale du MONDE en greffant une perspective verticale et transcendante sur son horizontalisme terrestre. Et tant que le TEMPLE a su jouer ce rôle de rééquilibrage des forces vitales des peuples, les cultures se sont engagées sur une voie de croissance et de progrès. Mais lorsqu’il a échoué, les sociétés, abandonnées aux dérives des valeurs mondaines, se sont vite précipitées vers l’échec de la déstructuration.
— Ce constat n’entre-t-il pas en conflit avec le principe de séparation de l’Église et de l’État mis de l’avant par la pensée moderne ?
— Tout dépend de ce que l’on veut entendre par séparation. S’agit-il d’exclusion, de rejet pur et dur du TEMPLE par l’État ? Est-il question de reléguer le TEMPLE dans la sphère privée pour neutraliser son influence sur la place publique ? Il est clair que comprise dans ce sens, la séparation ne peut aboutir qu’au drame tragique d’un monde en chute libre.
S’agit-il plutôt d’une distinction claire ouverte à la complémentarité ? Heureuse séparation, alors ! Elle commanderait au TEMPLE de respecter la mission propre du MONDE et au MONDE de puiser dans les ressources du TEMPLE la sagesse acquise dans l’Histoire. Une telle collaboration permettrait de ciseler des politiques sociales qui desservent non uniquement les intérêts matériels de l’humanité mais favorisent aussi l’essor vers une vie qualitativement plus haute et une résolution éventuelle du destin humain.
— La tendance dominante du monde moderne ne se situe-t-elle pas à l’antipode d’une telle collaboration ? Son cheminement historique n’aboutit-il pas plutôt à une rupture ?
— Le rejet de la dimension intérieure à connotation mystique apparaît de manière de plus en plus flagrante avec le phénomène de mondialisation de la culture. Ce qui n’augure rien de bon pour le proche avenir. L’humanité est parvenue à une croisée de chemin. Ou elle s’enfonce de plus en plus dans l’enfer de conflits violents sans issue et sans répit, ou elle se convertit globalement. Peut-être devra-t-elle subir l’écroulement de sa civilisation avant de faire volte-face ? Peut-être devra-t-elle se heurter au fond d’un abîme de ténèbres avant de ressurgir, avec une force nouvelle au soleil de l’Esprit ?
On cite souvent un mot d’André Malraux disant que « le 21e siècle sera mystique ou ne sera pas ». Cet auteur, qui se voulait pourtant agnostique, avait compris l’importance de l’axe spirituel dans l’économie sociale de l’humanité. Et il pressentait avec une étonnante lucidité le drame auquel parviendrait une civilisation sans spiritualité qui prétendrait développer les seules valeurs matérielles.
Et justement, des mystiques de tous les horizons religieux ont aussi prévu l’apocalypse vers laquelle marche le monde actuel. Du même souffle, ils prédisent le relèvement de l’humanité au-delà d’une catastrophe planétaire — qui n’est rien d’autre que l’aboutissement logique de la conduite mondiale actuelle — et projettent la vision d’un monde nouveau. Une renaissance de l’humanité, un nouveau baptême dans le fleuve de la substance vivante qui justifie toutes les raisons d’espérer un avenir meilleur.
— Votre analyse du contexte social créé par l’humanité à la suite de la chute originelle est convaincante. Vous avez dévoilé le côté sombre des arcanes sociétaires et les fondements précaires sur lesquels se construisent cultures et civilisations. Or, nous avons vu précédemment que ce monde, étant plus tributaire des sens que de l’esprit, constitue une courroie de transmission de la tare originelle. Si tel est bien le cas, le stigmate originel serait purement extérieur, n’est-ce pas ? Je vois là un problème théologique. Car il serait imprimé non lors de la conception de l’être humain mais dans la mesure de l’intégration de l’individu à la société.
— Votre objection nous amène à nous en référer davantage à l’autre versant de notre recherche ensemble. Jusqu’ici, nous avons surtout observé l’héritage extérieur des origines. Mais il y a aussi un facteur intérieur qui est décisif. Nous n’avons encore que très peu exploré ce volet en dépit du fait que notre règle, depuis le début, nous interdit de réduire la réalité à l’extériorité.
L’idéal serait que nous parvenions à saisir les deux côtés de la médaille en même temps. Car il n’y a pas deux mais une seule réalité à deux faces. De même, il n’y a pas deux conditions de transmission de la chute originelle mais une seule, tantôt observée à l’extérieur, tantôt éprouvée à l’intérieur. C’est que le langage de la raison ne permet pas de tout dire d’un seul coup. On ne peut pas être attentif à ce que révèle le monde objectif et, en même temps, creuser dans son cœur à l’intérieur de soi. Le mieux que l’on puisse faire, c’est d’y aller tour à tour pour qu’en jaillisse la lumineuse et inexprimable synthèse de la VÉRITÉ.
Nous voici donc parvenus à ce moment crucial où nous devons tourner notre regard vers l’intérieur. Et c’est ici, très chère, que vous pouvez contribuer à notre démarche d’une manière toute spéciale.
— Mais en quoi pourrais-je vous être si utile ? Vous vous êtes assez bien débrouillé sans moi jusqu’ici. Je ne vois vraiment pas comment je pourrais vous apporter quoi que ce soit de plus que l’écoute et le questionnement !
— Vous aurais-je blessée ? J’en suis désolé ! Nous sommes si fragiles ! À peine abordons-nous le volet intérieur de notre conscience humaine que nous nous faisons mal. Bien involontairement, nul doute. C’est que nous avons un profond déficit à combler. Nous sommes conditionnés par la déviation de la conscience et nous en subissons certains effets malgré nous. Ce qui tend à indiquer que le faux pas des origines est bien réel et non une fable sans fondement.
Souvenez-vous du constat divin rapporté par l’auteur de la Genèse à la suite de la chute. « Ta convoitise te poussera vers ton mari et lui dominera sur toi » (Gn 3, 16). Très chère amie, je refuse de considérer le caractère dominant de l’homme comme une inévitable fatalité du rapport entre les sexes. En tant que personne humaine, vous n’avez rien à m’envier. Pour ma part, comment pourrais-je prétendre vous imposer un joug ? Ne suis-je pas aussi vulnérable que vous et ne suis-je pas un errant sur la Terre qui cherche son chemin ?
Ici, nous abordons une route difficile. Il nous faut apprendre à marcher ensemble avec précaution. Avancer, certes, mais en usant de la délicatesse et des prévenances de l’amour qui envelopperont notre relation, comme dans un cocon de douceur et de suavité. Si je vous ai invitée à contribuer d’une manière plus directe à notre démarche sur la route de l’intériorité, c’est parce que votre féminité vous assure une compétence dont la masculinité est dépourvue.
Permettez donc que je vous exprime mon admiration. Votre compagnie me comble en me permettant de découvrir la beauté de la vie. Une révélation qui me remplit d’enthousiasme et d’énergie pour vous compléter en vous assurant sécurité, chaleur et réconfort.
— Je vous fais à mon tour amende honorable. Je suis désolée d’avoir créé un malaise en introduisant subtilement dans notre discussion un esprit de compétition. Nous ne sommes pas des rivaux mais des partenaires. J’apprécie votre honnêteté et votre lucidité. J’aime votre esprit ouvert et votre sincérité. Je reconnais que la vérité ne peut pas s’atteindre dans un climat de combat. Tant que le MOI se défend ou attaque, elle demeure inaccessible. En se centrant sur lui-même pour diriger son énergie contre l’adversaire, il se détourne de la lumière. Puissions-nous donc désormais nous libérer de notre égocentrisme afin de retrouver l’innocence du cœur qui donne accès au tout RÉEL !
— Il n’y a pas de vérité sans amour ni d’amour sans vérité. L’amour fonde ce qui est. Proclamons-le d’avance même si nous avons encore un long chemin à parcourir pour le vivre pleinement et déployer toutes les virtualités de sa vérité.
— Marcher vers la plénitude de l’amour, n’est-ce pas le posséder déjà mais sans le comprendre encore ?
— Vous le portez, cet amour, même si vous ne le connaissez pas encore. En disant cela, je fais allusion à votre maternité. Sans l’avoir connu, vous aimez l’enfant qui vit dans votre corps, n’est-ce pas ? Voilà pourquoi j’ai fait appel à votre compétence maternelle pour nous aider à pénétrer dans le monde de l’intériorité.
Car ce petit humain qui vit en vous, c’est la clef qui peut nous en ouvrir la porte. Nous avons tous été cet enfant que le dynamisme vital forme et prépare à naître. Nous avons tous été construits par la substance vivante dans un sein maternel pour venir au monde. Notre développement s’est donc effectué pour permettre le passage d’un milieu à l’autre. Des eaux amniotiques à l’air libre. De l’intérieur vers l’extérieur.
Et maintenant, il nous faut faire l’inverse et passer de l’extérieur vers l’intérieur. La route de l’intériorité constitue donc un parcours à rebours de notre structure. Notre chemin intérieur implique une démarche à contrecourant des étapes du développement intrautérin, démarche conséquemment orientée vers l’origine.
— Vous ai-je bien compris ? La route de l’intériorité serait en quelque sorte physique ? Elle emprunterait le chemin inverse du développement du corps dans le sein maternel ?
— Très chère, je comprends votre étonnement. Nous entrons ici dans une zone où, en bout de parcours, nous découvrirons qu’il n’est pas pertinent de dissocier la chair et l’esprit comme deux réalités divergentes, pour toujours en lutte contre l’autre. À la fin, il ne restera que l’unité de l’être à considérer.
Donc, vous en êtes à votre neuvième mois de grossesse. Votre enfant est proche de naître. Dites-moi, que ressentez-vous ?
— Je me sens comme un bouton de fleur qui va enfin pouvoir s’ouvrir. J’ai un tel désir de connaître mon bébé, de le prendre dans mes bras pour le nourrir. En même temps, je ne peux plus attendre le jour de la délivrance. La rose ne se forme pas sans épines. Les dernières semaines de grossesse sont particulièrement difficiles. Mon enfant est lourd. Je transporte une montagne. Il pèse fortement sur mon bassin. J’ai parfois l’impression qu’il va me faire éclater. Si je peux en juger par le nombre de coups de pieds qu’il me donne sans arrêt dans les côtes, il est plutôt pressé de sortir, coincé qu’il est dans son cocon. Il est parfois si agité que, n’en pouvant plus, je lui chante une berceuse. J’ai découvert qu’il finissait par se calmer au son de ma voix. C’est incroyable ! Il réagit aux mots tendres que je lui chuchote pour lui faire comprendre qu’il est aimé, qu’il est attendu et qu’il trouvera un nid douillet en entrant dans notre monde.
— Les sens de votre enfant sont suffisamment développés. Il est déjà à l’écoute du monde. Il entend la musique. Les rythmes le stimulent et le rassurent. Ses yeux s’ouvrent parfois dans sa niche obscure. La lumière qui filtre au travers de la paroi utérine lui permet sans doute de pressentir le jour.
— Je le croirais aussi car il ne se comporte pas de la même manière au milieu de l’activité du jour et durant le repos de la nuit. J’ai l’impression qu’il dort parfois et qu’à son réveil, il déborde d’énergie.
— Avant même de naître, il est déjà marqué par le monde des sens. Le temps est venu qu’il naisse. Il a développé les organes dont il a besoin pour livrer le combat de la vie dans la matière. Le combat du premier souffle, du premier cri, du premier mot, du premier pas.
Mais d’où vient cette vie qui l’anime, cette volonté instinctive qui le pousse en avant et l’incite à se développer ? Ce dynamisme vital peut-il se réduire aux sens grâce auxquels il se prépare à percevoir le monde ? Les sens sont des outils et non la vie elle-même. Avant qu’il ne les développe, il vivait quand même. Il était certes moins conscient alors du monde extérieur mais il était vivant.
— Avant que ses sens aient été suffisamment développés pour être fonctionnels, il était tout de même sensible aux pulsations de mon cœur. Le rythme cardiaque et la circulation sanguine lui communiquaient mes émotions.
— Il subissait l’influence de votre état. Même lors de sa vie adulte, son psychisme pourra être marqué par les conditions dans lesquelles vous vous trouvez actuellement ainsi que par les expériences émotionnelles que vous vivez durant votre grossesse.
Mais continuons à régresser dans le temps de votre grossesse dans l’espoir de finir par dévoiler le mystère de l’origine de la vie de votre enfant. Avant qu’il perçoive les battements de votre cœur, qu’est-ce qui pouvait encore le conditionner ?
— Il était relié à la réalité objective par l’héritage génétique combiné de mon époux et moi. Il était appelé à se développer dans le moule de nos deux caractères génétiques mélangés. Il subissait l’influence de notre attitude face à l’existence et, par notre intermédiaire, il était en contact avec une tradition, une culture, une civilisation. Et lorsqu’à son origine les deux zygotes se sont unis pour former le nouvel individu qu’il est, il recevait les gènes de l’espèce humaine. Et non seulement ce qui fait un être humain, mais plus loin encore, il était propulsé dans l’existence par la myriade des espèces qui ont précédé l’avènement de l’humanité sur notre planète. Je suis émerveillée à la pensée que mon enfant arrive en ce monde à la suite de quatre milliards d’années d’évolution. Comme elle est précieuse, cette vie qui achève de se développer dans mon corps ! Un fruit sublime des luttes et conquêtes du phénomène de la vie dans son admirable et tragique parcours terrestre. N’est-ce pas bouleversant de prendre conscience que mon enfant est le plus récent maillon d’une chaîne vivante ininterrompue qui remonte à la toute première cellule à l’origine de tout ce qui vit, a vécu et vivra sur la Terre ?
— Plus l’on recule dans le passé, plus l’on plonge dans le mystère. On ne peut que s’extasier à la pensée que des molécules agglutinées, animées inexplicablement en la première cellule, aient pu produire le foisonnement, dans tous les azimuts de notre planète, de myriades d’organismes vivants, et encore, de myriades d’espèces différentes. Il y a une telle disproportion entre la minime cause microscopique de cette première cellule et ses grandioses effets qu’il faut bien, en toute logique, supposer la présence active d’une force qui se moque d’une matière où l’effet est invariablement proportionné à la cause.
Nous avons ici la preuve que l’univers ne se réduit pas à l’observable. Cette substance irréductible à la matière se manifeste au travers des organismes et c’est pourquoi nous l’avons qualifiée de substance vivante. Mais nous aurions pu lui trouver d’autres noms, selon d’autres perspectives de recherche, comme la nature, l’intelligence immanente, la vie, ou même, au terme d’un parcours de type religieux, l’Esprit créateur.
Selon la révélation biblique, en effet, la vie est une prérogative divine. Il ne s’agit pas d’un attribut parmi d’autres mais bien du fondement même de la Divinité. Dans l’Ancien Testament, Yahvé est décrit comme le seul et unique Dieu vivant. Et dans le Nouveau, le Christ déclare : « Je suis la voie, la vérité et la vie ». Entre Dieu et la Vie avec un grand V, il y a un signe d’égalité. L’un et l’autre terme se valent. C’est pourquoi, à la vie sur notre planète, il ne peut y avoir d’autre explication que Dieu Lui-même. Partout où la vie se manifeste, Dieu est là, caché. La Flamme intérieure qui a allumé la première cellule de la vie terrestre est la même qui anime l’enfant de votre sein. Le fluide vital, que ce soit celui de l’arbre de la forêt, de l’animal sauvage ou de l’être humain, provient de Dieu. L’origine de toute vie remonte à Dieu.
Considérés concrètement, les organismes ne sont pas la vie à l’état pur. Bien qu’ils soient animés par le fluide vital dont l’essence peut être dite d’origine divine, ils sont en même temps faits de matière. C’est pourquoi notre rétro-vision ne doit pas s’arrêter à la première cellule vivante qui a émergé sur notre planète. Plus loin encore dans le passé de la matière, il y a de quoi nourrir la contemplation.
Saviez-vous, très chère, que certains éléments qui entrent dans la formation d’une simple cellule vivante proviennent de l’espace intersidéral ? Les astrophysiciens soutiennent que des astres de feu formés d’amas de poussières galactiques ont produit puis projeté dans le cosmos — avant de s’éteindre pour céder la place à une nouvelle génération d’étoiles — les atomes qui entrent dans la formation de tout organisme vivant. La vie sur la Terre dépend de la matière fabriquée dans la fournaise de ces soleils.
— Mon bébé est fait de poussières d’étoiles, en quelque sorte. Quelle beauté ! Mon bébé provient du ciel et c’est au Ciel qu’il retournera. En disant cela, je suis consciente d’utiliser le mot dans des sens différents. Mais c’est à votre école que j’apprends à associer des concepts à double sens pour qu’en jaillisse une lumière nouvelle. J’ai le sentiment que le cosmos des scientifiques et le Ciel des théologiens peuvent se superposer pour être vus l’un dans l’autre. Comment dire ? J’ai l’impression que les savants des deux domaines peuvent évoquer, au bout de leurs parcours respectifs et chacun dans son langage propre, la même vision sublime de la réalité.
— Votre intuition est géniale ! Car en une courte phrase, vous avez résumé la trajectoire des deux courbes du RÉEL. Vous avez dit que votre enfant avant sa naissance « provient du ciel », et cela peut être comparé à la courbe de l’entropie de la matière. « Il retournera au Ciel », avez-vous ajouté, ce qui inscrit son développement après sa naissance dans la ligne de la remontée vers la Source originelle d’énergie. La courbe descendante avant la naissance; la courbe ascendante après la naissance (voir le graphique des Deux courbes).
Mais notre route d’involution vers l’origine des éléments qui entrent dans la formation de tout organisme vivant ne s’arrête pas là ! Après avoir évoqué le travail des étoiles, nous en arrivons à la formation des galaxies, ces toupies géantes qui tournoient dans le cosmos. Poussées par l’impulsion initiale, elles créent de plus en plus d’espace en s’éloignant les unes des autres dans toutes les directions.
Finalement, nous en venons au commencement. Un immense éclat lumineux, dit la Genèse, dont tout le reste découle : « Que la lumière soit ! ». Le “big bang”, comme l’appellent dérisoirement les scientifiques. Dans les deux cas, il s’agit de cet événement absolu, sans précédent ni possible réédition, qui marque l’irruption de la réalité dans l’espace et le temps. Ici, demander d’où vient votre enfant ne revient-il pas à poser la question de savoir d’où vient l’univers dans lequel il survient ? Pourquoi nos existences ? Celle de votre enfant non encore né, la vôtre, la mienne ? Qui sommes-nous ? Comment sommes-nous faits ? Si nous sommes capables de répondre à ces questions, n’aurons-nous pas trouvé du même coup la raison d’être de l’univers ?
— L’existence de l’homme justifierait l’existence du cosmos ? Cette proposition ne risque-t-elle pas d’être jugée anthropocentrique ?
— Sans doute. De deux choses l’une, pourtant. Si nous affirmons que l’existence de l’homme n’a pas de sens, alors, l’univers ne fait pas de sens non plus. Si en revanche nous pouvons trouver une signification à l’existence de l’homme, alors, l’existence de l’univers tout entier s’explique. Car c’est l’avènement de la conscience réfléchie qui en fait découvrir le sens. S’il n’y avait pas d’humains sur notre planète ou ailleurs pour chercher le sens de la réalité, le cosmos ne pourrait avoir de signification de lui-même. Sa trajectoire apparaîtrait déterminée par le hasard et les accidents. Rien ne permettrait d’accéder à la perception d’une direction vers un objectif quelconque.
Mais puisque l’homme est ici et peut percevoir un axe cohérent de développement en fonction de lui-même, nous pouvons dire, d’une certaine manière, que tout le temps de l’expansion du cosmos dans l’espace, la matière qui le constitue cherchait l’homme. Car elle ne pouvait trouver de sens qu’en passant par celui qui pouvait percevoir sa direction et comprendre sa signification.
Tout se tient, n’est-ce pas ? L’homme n’est pas de condition extra cosmique. Il n’est pas un étranger dans le vaste paysage universel. Il n’est pas une présence incongrue et factice dans le cosmos. On ne doit pas l’en dissocier. Il fait d’autant plus partie de l’énigme que, dans le monde visible, lui seul peut l’élucider.
La signification, ne peut venir de la matière. Elle ne sait que se disperser, se refroidir, s’engouffrer dans le noir. Elle ne peut avoir de signification que si sa chute prépare la vie ! Car le sens provient de la vie… puisque la vie a fait la raison.
— Justement ! Nous avons jusqu’ici tenté d’identifier l’origine matérielle de mon bébé. Mais son existence se réduirait-elle à son corps ? Mon bébé n’est-il pas fait de chair vivante ? La chair est faite de matière, certes. Mais cette matière est animée. Chercher l’origine du côté matière ne dit rien sur ce qui l’anime. Le mystère de la vie ne reste-t-il pas tout entier ?
— Jusqu’ici, nous avons cherché l’origine en procédant par soustraction de la matière. Nous avons soustrait les organes sensoriels qu’il a développés et il restait son cœur. Nous avons soustrait le cœur, ce qui nous a laissés avec son héritage génétique. Nous avons soustrait son humanité et nous avons trouvé l’évolution biologique. Notre soustraction de l’évolution nous a donné les étoiles. Alors, l’élimination des étoiles et des galaxies nous a permis de pressentir un commencement absolu.
— Et si nous soustrayons le commencement, oserai-je avancer, que reste-t-il ?
— Nécessairement, il reste un élément déclencheur. Ce qui a eu un commencement, ne peut pas s’être causé soi-même. Il ne peut exister d’effet sans une cause. Les scientifiques sont très embêtés par ce commencement. Avant les relativement récentes découvertes, ils croyaient le cosmos éternel. Mais au dernier siècle, ils ont compris que le cosmos a eu un commencement. Depuis, ils ne savent que répondre pour éviter de recourir à la solution d’un Créateur à son origine.
Certains avancent l’hypothèse d’une rupture de symétrie du plasma originel. Ce qui ne fait que reculer la question sans la supprimer. Quel “accident” aurait pu provoquer le déséquilibre de l’énergie, pourtant dans un état hypothétique d’invariance avant le temps et l’espace ? Comment ce qui est absolument invariant peut-il passer spontanément à la variance ? Cette explication est une savante contradiction dans les termes.
En réalité, le problème n’est pas du ressort des scientifiques. Il relève du philosophe. Et si ce dernier est honnête, il est contraint, en toute logique, de postuler un Créateur. Car comment l’univers pourrait-il avoir eu un commencement sans une Cause qui le transcende ? Et comment pourrait-il avoir une signification, si ce sens n’avait pas été inscrit dans sa structure dès le départ ? Pour que ce sens existe, il a fallu qu’il soit donné comme une impulsion interne à sa structure, une poussée immanente vers un objectif.
Ainsi, notre recherche de l’origine de la matière nous a amenés à reconnaître le Créateur du monde visible. Mais si nous faisons abstraction de la matière qui donne le cadre extérieur de la réalité, que reste-t-il à notre considération ? Il reste la vie qui l’anime, comme vous l’avez souligné. Cette vie qui habite le PRÉSENT et ne connaît ni le passé ni le futur. Cette vie qui ressort de l’univers invisible. Cette GRANDE VIE de la substance vivante, donc, ne peut avoir de commencement. Car si elle avait eu un commencement, elle n’aurait pas pu s’imposer à ce qui en a. Si elle avait une fin, elle n’aurait pas pu maintenir — en dépit de ses échecs apparents dans l’établissement de la permanence — sa démarche jusqu’à vous, jusqu’à votre enfant.
Toute matière soustraite, il reste la vie et rien d’autre. La Vie, l’autre nom de Dieu. Que nous cherchions dans un sens ou dans l’autre, du côté de la matière extérieure ou de la vie intérieure, nous trouvons le Même. Celui seul qui peut donner un sens tant à nos existences humaines qu’à l’univers visible et invisible. Dieu ! Voilà l’Origine du grand TOUT RÉEL.
Résumé
Qu’est-ce que l’introversion de la conscience ?
- Selon la terminologie religieuse : la conversion
- Théoriquement accessible à toutes les consciences
- Expérience psychique rare dans sa forme radicale
- Survient à la suite d’un choc
- A besoin du MOI en parallèle
- En lutte contre le MOI
- Rejet des fausses valeurs mondaines
Forme mitigée de l’introversion de la conscience
- Toute personne déterminée prioritairement par les doctrines religieuses
- L’équivalent social de l’introversion de la conscience : le TEMPLE
- Le TEMPLE s’inscrit sur l’axe vertical de la croissance
- joue un rôle de rééquilibrage de la force vitale ;
- greffe une perspective transcendante sur l’horizontalisme terrestre
Mondialisation de la culture
- L’humanité parvenue à une croisée de chemin
- ou elle s’enfonce dans des conflits de plus en plus virulents ;
- ou elle se convertit globalement
Contexte social
- Le MONDE : courroie de transmission de la tare originelle
- Problème théologique en rapport à la conception humaine
- Considérer les deux versants de la réalité comme un tout
Questionner l’intériorité
- Regression vers l’origine en passant par la gestation
- Trois stage du développement intra-utérin : sens, cœur, tête
- Héritage génétique de l’espèce humaine
- Atomes du corps fabriqués dans la fournaise des étoiles
- Reconnaître le Créateur à l’origine de TOUTE la réalité
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Une réponse à “36- L’introversion de la conscience”
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Mine de rien, cet entretien entrouve une porte dérobée du regard objectif et prépare le terrain d’une exploration sujective inédite de la structure humaine. À quelle découverte inopinée pourra-t-on s’attendre en franchissant le seuil de cette porte de l’intériorité ?
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