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Ève : Vous soutenez que le salut social de l’humanité passe obligatoirement par la conversion des masses humaines aux valeurs d’intériorité. Une telle conversion généralisée ne m’apparaît pas très réaliste. Il semble peu probable qu’elle survienne dans le contexte de notre monde moderne. N’y a-t-il vraiment rien d’autre à espérer ?
— On peut en effet estimer que cette solution dépasse considérablement les possibilités à la portée des personnes, mêmes solidairement réunies en communautés de foi. Mais il demeure que c’est seulement ainsi que le monde pourra changer. Le seul espoir que nous ayons, c’est un retour massif à la vie spirituelle qui peut l’assurer. Il n’y en a pas d’autres.
Il est d’ailleurs remarquable que pratiquement toutes les doctrines religieuses aient précisément pour fonction de communiquer cette espérance au genre humain. Elles portent en elles l’espoir qu’un jour l’ensemble de l’humanité finira par changer d’esprit.
Par exemple, le christianisme enseigne que l’humanité, parvenue à l’impasse et menacée d’autodestruction, deviendra massivement réceptive à une transformation radicale dans la foulée d’une intervention céleste. Selon la foi chrétienne, ce qui manque aux humains pour accomplir par leurs seules forces la révolution spirituelle nécessaire au changement collectif, le Christ pourra le donner. Car par la grâce de sa résurrection, il a accédé à l’immortalité d’où il assume non seulement la mission de sauver les âmes mais aussi d’intervenir en temps opportun dans l’Histoire pour détourner l’humanité d’une destinée catastrophique irrémédiable.
— Rien ne me semble assuré, pourtant. Comment expliquez-vous le fait que les peuples christianisés en Europe et en Amérique ne soient pas parvenus à faire cette révolution sociale ? Au cours des siècles, les nations chrétiennes ne se sont-elles pas combattues entre elles pour imposer leur domination les unes sur les autres et instituer des sociétés injustes, fondées sur le principe même de l’inégalité des conditions sociales ?
— Il faut croire que ces populations chrétiennes n’étaient pas encore suffisamment évoluées pour permettre une effective intériorisation des croyances. Les temps n’étaient pas mûrs. L’humanité avait encore un bout de chemin historique à parcourir avant d’assumer pleinement son drame intérieur, un prérequis du dépassement de sa condition.
Le retournement dont je parle n’a rien d’un conformisme calqué sur des observances religieuses toutes extérieures. Sans vouloir minimiser la valeur des pratiques cultuelles, il est clair qu’elles ne suffisent pas pour opérer une volte-face des consciences impliquant un plongeon jusqu’à la racine de l’ÊTRE en SOI. Même dans les peuples les plus chrétiens, il n’y a eu dans le passé que de rares individus qui soient parvenus à atteindre une telle profondeur au terme d’une démarche héroïque. Les saints ont été l’exception et non la règle.
Or, cette inversion de la conscience doit devenir la règle de la multitude pour qu’un virage radical et décisif puisse s’effectuer dans la structure sociétaire de l’humanité. L’avènement de la paix et de la justice dans le monde présuppose donc une sorte de “mutation” de l’esprit de chaque personne en particulier qui se répercute sur la vie collective en raison de la généralisation du processus.
— J’ai l’impression que ce n’est pas demain la veille que les humains vont parvenir à un tel consensus. Ne risquons-nous pas ici de tomber dans une forme d’utopie qui relèverait plus du rêve, fût-il généreux, que de la réalité ?
— L’imagination est fertile en scénario de toutes sortes, j’en conviens ! Mais un adage affirme que la réalité peut parfois dépasser la fiction. Dans le contexte général du développement des organismes vivants sur notre planète, la “mutation” dont je parle est un événement majeur. Pour le dire dans nos termes, il ne s’agit rien de moins que du bond qualitatif communautaire du troisième au quatrième étage de la Maison de la vie. Depuis les infimes débuts du phénomène de la vie, il n’y a eu jusqu’ici que deux déplafonnements de cet ordre. Ce qui peut donner une idée de l’ampleur de l’événement que prépare actuellement la substance vivante au travers de l’humanité.
L’observation objective du troisième palier de la Maison de la vie permet de constater une saturation actuelle de l’environnement planétaire, tant au niveau de la population mondiale qu’à celui de l’exercice d’une rationalité devenue impuissante à résoudre les problèmes de croissance et d’adaptation de l’humanité. Ce sont là des conditions comparables à celles qui ont prévalu lors des deux déplafonnements antérieurs. C’est pourquoi nous pouvons anticiper une transition de niveau vital. Non seulement ce passage est-il inévitable mais il est nécessairement proche.
Pour celui qui ouvre les yeux en toute lucidité, le quatrième palier de la Maison de la vie est en vue. Et en toute cohérence avec le processus de synthèse mis en œuvre par la substance vivante lors des déplafonnements antérieurs, ce quatrième palier, parvenu à l’apogée de sa croissance, implique la convergence des consciences humaines en la conscience universelle d’un Organisme pouvant éventuellement se maintenir dans le PERPÉTUEL PRÉSENT.
Et c’est ici que la foi peut venir au secours des limites rationnelles pour réduire nos doutes. Comme je l’ai déjà signalé, les grandes religions, surtout les monothéistes, prédisent un éventuel changement d’esprit dans l’humanité. Une ère de paix sur la Terre s’ensuivra. Isaïe a prophétisé cette transformation dans un passage remarquable.
Ils briseront leurs épées pour en faire des socs et leurs lances pour en faire des serpes. On ne lèvera plus l’épée nation contre nation, on n’apprendra plus à faire la guerre (Is 2, 4-5).
Et le prophète enchaîne : « Maison de Jacob, allons, marchons à la lumière du Seigneur ». Ce qui indique que la « lumière » divine constitue l’élément conditionnel de la marche vers la pacification du genre humain.
L’eschatologie chrétienne est particulièrement explicite à cet égard. Elle soutient que Dieu n’a pas abandonné l’humanité à elle-même et qu’il l’accompagne dans son cheminement. Bien plus, Dieu est descendu jusqu’à notre niveau pour nous venir en aide et se porter garant de notre éventuelle libération de la souffrance et de la mort. L’Église interprète le verset qui précède le passage cité comme une allusion à l’incarnation du Christ et à l’établissement du règne de Dieu.
De Sion vient la Loi et de Jérusalem la Parole de Dieu. Il jugera entre les nations, il sera l’arbitre de peuples nombreux.
La foi en la résurrection de Jésus décuple notre espérance car l’humanité peut compter sur sa présence créatrice au-delà des apparences du monde. Une tradition mystique prévoit même une irruption du Christ à notre niveau lors d’un deuxième avènement (il y en aurait un troisième en conclusion de l’Histoire). Lorsque les temps seront accomplis (c’est-à-dire, pour notre perspective, lorsque l’humanité sera parvenue à la saturation de l’espace planétaire), le Messie interviendra pour élever l’humanité au-dessus d’elle-même afin de la sauver d’une fixation négative irréversible.
Vue de cette hauteur dans l’espace et de cette distance dans le temps, l’erreur originelle de nos premiers parents peut être comprise comme un accident de parcours dont Dieu lui-même a su corriger les effets destructeurs en s’incarnant pour permettre à son projet initial de création de parvenir, en dépit et au-delà des misères générées en conséquence de ce déplorable détour, au bonheur infini de la béatitude éternelle.
— Votre vision philosophique de la réalité, où science et doctrine chrétienne se complètent et se fusionnent en synergie, imposerait la foi ?
— La philosophie du RÉEL n’abolit pas la liberté. Disons plutôt qu’elle confronte l’esprit humain à une alternative qui ne laisse aucune place à un espace virtuel où l’homme pourrait se réfugier pour se maintenir dans une zone grise de neutralité. Entre les deux volets de l’alternative, il ne peut exister de solutions mitoyennes. De sorte que la décision d’opter dans un sens ou dans l’autre comporte des conséquences tranchées. Ce choix incontournable, c’est la foi ou l’incroyance.
Remarquons que l’esprit humain ne peut éviter de croire en quelque chose. Même lorsqu’il affirme ne pas croire, l’athée doit croire à l’existence du monde extérieur. Autrement, il se renierait lui-même. Son athéisme constitue nécessairement une croyance minimale à ce qu’il voit concrètement, une croyance qui exclut toutefois l’existence du monde invisible au-delà des perceptions sensorielles. Pour expliquer le monde dont il se doit de reconnaître l’existence, il doit donc énoncer une théorie qui constitue en fait, sous la forme d’une position philosophique, une doctrine de foi exclusive en la MATIÈRE qui le justifie de rejeter ou d’ignorer l’existence d’une Divinité.
Tandis que celui qui croit à la dimension spirituelle n’exclut rien. Sa distinction entre MATIÈRE et VIE lui assure un regard positif sur toute la réalité et lui permet d’englober les deux antinomies dans la perspective d’une harmonieuse vision. Une démarche qui, en bout d’analyse, l’amène à découvrir le Créateur.
Or, le postulat de foi que je mets de l’avant peut être accepté ou refusé selon la logique de la présupposition initiale face à l’alternative. Lorsque le concept d’une humanité pouvant se dépasser en accédant au quatrième palier de la Maison de la vie est reconnu, il inspire l’espérance et indique une voie lumineuse vers la libération. Tandis que son rejet condamnerait l’humanité à un repliement autodestructeur qui suscite ultimement une sombre désespérance. En bout d’analyse, la foi permettra d’échapper aux conséquences de la faute originelle, tandis que l’incroyance en multipliera les effets en amplifiant l’erreur initial par son rejet de Dieu. Croire en Dieu guide la marche de l’humanité vers la VIE. Ne pas croire en Dieu fixe l’humanité dans sa condition actuelle de souffrance et de mort. Ainsi, la foi construit le Ciel sur notre planète tandis que l’incroyance crée l’enfer. À chacun donc de choisir ce qu’il veut produire !
— Y a-t-il vraiment liberté lorsque tout le positif est attribué à la foi et tout le négatif, à l’incroyance ?
— Vous avez raison de douter que quelqu’un puisse opter consciemment pour ce qui est purement négatif. C’est pourtant un fait que des gens en grand nombre se considèrent incroyants, agnostiques ou athées. Ils se veulent areligieux. Ils nient l’existence d’une Divinité, ou refusent à tout le moins d’en tenir compte, sans toutefois pousser jusqu’à l’extrême la logique de ce choix ni évaluer toutes les conséquences de leur démarche. Durant ma jeunesse, j’ai été de ceux-là.
Je sais donc d’expérience que l’on peut opter pour l’incroyance dans la foulée de considérations apparemment positives. Par exemple, l’on peut être motivé par la volonté de se confronter dignement, noblement, honnêtement à la vérité. Pour y parvenir, l’on fait table rase des présupposés, des préjugés et autres béquilles intellectuelles comme la religion — un cataplasme réconfortant face à la détresse qu’inspire la condition humaine, peut-on estimer — pour faire face avec courage, héroïsme même, aux aléas de l’existence. L’on se voudra autonome et libre dans la quête de la vérité.
Si l’on est d’un naturel porté à faire confiance aux sciences positives, l’on cherchera alors à détenir par la connaissance une emprise sur le monde extérieur afin d’en contrôler les effets indésirables et parvenir à la maîtrise utilitaire de ses potentialités. Ainsi, l’on en viendra à croire que l’évolution de l’humanité, son progrès illimité, passe nécessairement par le harnachement scientifique de la matière.
Une telle recherche est menée en faisant abstraction du sujet. L’on est certes en quête de vérités mais de vérités relatives qui ne concernent pas l’intimité de la personne. L’on ambitionne de parvenir à tout expliquer tout en excluant le sujet qui explique. L’on aboutit ainsi à créer un monde de connaissances qui tient en l’air tout seul, en quelque sorte. La MATIÈRE sans la VIE, quoi ! Un contenu qui finit par se retourner contre la forme qui le contient, comme nous l’avons déjà abondamment illustré, notamment autour de notre analyse du phénomène de la guerre.
— N’est-il pas possible de se vouloir agnostique sans pourtant prendre appui sur les sciences positives ? Ne peut-on pas construire une pensée athée à partir du sujet plutôt qu’en référence au monde objectif ?
— J’en venais justement à l’exploration d’un athéisme concerné par le sujet connaissant. Ici, l’exclusion a priori du concept de Dieu pourra mettre en branle la quête d’une vérité certes plus globale. Mais le chemin philosophique qui postule au départ l’inexistence de Dieu se heurte à la désespérance et à la mort. Ce qui confirme son orientation essentiellement négative.
— Vous situez la négation de Dieu au départ. Mais ne devrait-elle pas plutôt venir en conclusion d’une démarche philosophique authentique ?
— Très chère Ève, n’avons-nous pas dit déjà que tous les humains sans exception doivent forcément croire en quelque chose ? Ne pas croire en Dieu, c’est encore croire. C’est croire à l’existence du monde qui nous entoure, sinon l’on ne serait pas là ; c’est croire en ce que l’on dit, sinon l’on ne parlerait pas ; c’est croire en l’existence, sinon l’on ne philosopherait pas. C’est pourquoi le choix de croire se pose au départ de la démarche. L’acte de foi en quelque chose — que ce soit, en dernière analyse, la matière ou la vie — détermine l’orientation de la recherche de la vérité et imprègne tout le cheminement qui s’ensuit. La conclusion, si la démarche est bien conduite, vient tout simplement confirmer et justifier l’option initiale.
Si donc l’on peut arriver en conclusion que Dieu n’existe pas, c’est parce qu’au départ et tout au cours de la construction du système de pensée, l’on a décidé, par un acte libre de la volonté, de ne pas tenir compte de la problématique que peut engendrer l’existence d’un Être suprême. Et pour réunir les éléments d’une pensée rationnelle qui justifie ce choix, l’on a dû préalablement neutraliser la conscience d’ÊTRE AU PRÉSENT et la réduire au silence.
— Pourquoi un tel bâillonnement — plutôt malhonnête, je dirais — serait-il incontournable pour la construction d’une pensée sans Dieu ?
— Parce que la conscience implique inévitablement que je ne peux pas exister autrement qu’en tirant mes racines ontologiques d’un Être ultime, d’un ABSOLU DE LA VIE AU PRÉSENT DE L’ÊTRE. La conscience du présent m’oblige, en toute honnêteté, à me référer à une Source de l’ÊTRE. La raison en est que je ne me donne pas l’ÊTRE à moi-même.
Être, c’est la gratuité par excellence. JE SUIS ! L’être est un cadeau unique, personnel, au milieu d’un monde de multiplicité traversé par les chocs, un monde instable qui ne donne rien gratuitement. Conséquemment, je reçois l’être d’un Être qui n’est pas altéré par les accidents. De plus, je ne vis pas l’être dans sa plénitude puisque je suis mortel. Ce qui me fait forcément conclure à un absolu de l’Être dans l’invisible et éternel présent du réel auquel l’être limité que je suis participe. Et ce constat, en toute honnêteté, est inévitable.
C’est pourquoi l’incroyance exclut d’avance le seul Interlocuteur possible à la question sur l’existence ainsi que, conséquemment, la possibilité d’une solution à l’énigme existentielle. Elle implique logiquement le refus d’un réel engagement dans la ligne de l’intériorité. En postulant l’exclusion de Dieu, l’incroyance s’extirpe du principe vital par lequel elle peut poser la question de l’ÊTRE au PRÉSENT et se maintient conséquemment dans une incohérence sans issue. Pour ainsi dire, elle scie la branche de l’arbre sur laquelle elle est assise.
Dans cette position plus qu’inconfortable, la pensée rationnelle doit envisager la chute. Elle n’a pas d’autre choix que de se confronter à l’anéantissement d’elle-même. Une auto-immolation qui prendra tantôt la forme concrète du suicide, tantôt celle d’une existence absurde, dépourvue de sens et assumée tragiquement dans l’amertume et la dépression. Ainsi, l’incroyance aboutit aux antipodes de la foi. Elle en est l’exacte contrepartie.
Cependant que la foi en Dieu guide la démarche humaine en direction de la plénitude de la vie, l’incroyance l’achemine vers la morbidité en direction des chocs, des accidents, des conflits issus de l’entropie de la matière. Ces deux orientations font partie de la réalité au même titre en dépit du fait qu’elles aboutissent aux antipodes. La première s’inscrit dans le continuum de la courbe ascendante de la substance vivante. La seconde s’engouffre dans la voie descendante et sans issue de la chute entropique. La première indique le chemin du bonheur et de la paix en l’humanité. La seconde, entérine et prolonge l’“erreur” originelle et initiale d’une humanité qui se condamne elle-même à la souffrance et à la mort.
Chère amie, permettez que j’expose cette opposition radicale sous la forme d’un tableau. Il comporte l’avantage de présenter de manière concise et saisissante le débat qui se joue dans l’homme depuis son origine. Il permet encore de jeter un regard lucide sur le genre humain, actuellement à la croisée du chemin de son devenir. Le statu quo est de moins en moins tenable pour l’humanité moderne. Ou elle se dépassera, ou elle s’anéantira.

— Vous estimez que les libres-penseurs athées ne sont pas engagés sur le chemin authentique de l’évolution ! Et pourtant, ce sont des incroyants surtout qui ont développé l’hypothèse de l’évolution. Est-il pensable qu’ils soient exclus de ce qu’ils ont découvert ?
— Très chère Ève, je partage votre sollicitude envers ceux qui n’accèdent pas encore à la vision immense que nous évoquons. Peut-être convient-il ici de proposer une citation remarquable de Francis Bacon : « Un peu de philosophie incline l’esprit humain à l’athéisme, mais l’approfondissement de la philosophie porte l’esprit des hommes vers la religion. » Et cet autre dicton, plus lapidaire encore : « Un peu de science éloigne de Dieu, beaucoup de science y ramène. »
Notre vision n’est pas partielle. Elle est universelle. Il faut ouvrir grand l’esprit… et savoir qu’on n’ouvrira jamais assez pour tout comprendre. Du moins avec notre seule tête. Il faut y mettre aussi du cœur. Le très catholique savant Louis Pasteur a même confié : « Ma philosophie est toute du cœur et point de l’esprit ».
Pour notre part, dois-je rappeler que nous tenons à conjuguer les deux, le cœur et l’esprit ? L’amour est un facteur déterminant de notre quête de sagesse. Et le premier et ultime sujet de notre affection, c’est la vérité. La vérité par-dessus tout, même si elle jouait contre nous et se révélait à notre détriment. Ce qui n’est pas le cas, finalement. Bien au contraire ! La vérité est merveilleuse puisqu’elle est Dieu. Nous ne rendons pas un culte à un autre dieu que cette Vérité-là.
En cela, notre position peut se comparer avantageusement à celle du scientifique qui fait profession d’athéisme. (Notons bien que tous les savants et savantes ne sont pas athées et que plusieurs grandes percées scientifiques du monde moderne ont été mises à jour par d’ardents croyants et croyantes.) Il ausculte la matérialité extérieure pour en tirer la vérité mais sans y engager toute son âme. Au nom de la rigoureuse objectivité, il cherche une vérité qui ne doive d’aucune façon le concerner et l’interpeller dans sa propre vie. Ce faisant, il exclut de la connaissance le volet subjectif qui compte pour la moitié du réel puisque l’accès à toute la réalité inclut obligatoirement un sujet capable de connaître, capable de faire des choix et de s’autodéterminer dans la conduite de sa vie. Sa vision de la réalité se trouve ainsi charcutée des grandes questions sur son existence propre et celle de l’humanité en général qui, dans l’optique quantique de notre philosophie, influencent, déterminent même la résultante de notre quête.
C’est donc avec un regard de grande amplitude qu’il nous faut appréhender la réalité humaine. Nous devons reconnaître au départ que le phénomène humain est tiraillé dans son parcours entre deux chemins. Celui ascendant de la substance vivante et celui descendant de l’entropie de la matière. Le premier mène à une vie surabondante, l’autre, finalement, à une déstructuration biologique. Le premier représente l’axe de l’évolution, le deuxième, celui de la régression.
L’individu humain, conséquemment, doit s’engager ultimement dans l’une ou l’autre de ces voies. Celle ascendante représente la seule solution heureuse du questionnement sur l’existence. Celle descendante manifeste une impasse qui fait apparaître la souffrance et la mort comme terme, point final, échec terminal de l’existence. La terminologie religieuse identifie ces orientations divergentes, d’une part comme une voie de salut vers la vie éternelle, et d’autre part, comme une route d’égarement vers la mort.
— Ces deux voies m’apparaissent extrémistes. Votre vision ne fait pas de place au vécu ordinaire des gens. Pour la masse populaire, la lutte au quotidien ne se joue-t-elle pas à des lustres de ces destinations ?
— En regard de ces options radicales, vous avez raison de faire valoir qu’il existe effectivement une zone de quasi neutralité morale. Il s’agit d’un espace consacré au développement du niveau spécifiquement humain.
Sur ce terrain sont effectués les travaux quotidiens de construction de l’habitat terrestre, les activités responsables du maintien des générations, les créations porteuses des valeurs de civilisation, les projets innovants de progrès social, etc. Ces ouvrages s’inscrivent dans la ligne de la poussée horizontale de la substance vivante visant à soutenir les acquis de l’évolution et à ancrer, par de profondes racines, le développement de l’Arbre de la vie.
On se doit donc de reconnaître que cette zone d’activité est génératrice de biens, certes indispensables mais des biens secondaires. Ce secteur de croissance humaine doit pourtant être assumé par l’être humain avec un sens des responsabilités en tant que gestionnaire de la nature et de la société. Il reste encore à reconnaître le fait que les œuvres générées dans cet axe horizontal du développement participent peu à la résolution de l’énigme existentielle. Les œuvres de culture ne peuvent pas guérir l’angoisse qui hante l’esprit humain comme une obsession lancinante.
Car les ouvrages humains passent et ne durent pas. Quels que soient la beauté et la générosité des efforts que l’homme déploie pour humaniser notre espèce et harnacher les énergies de notre planète, les œuvres accomplies tomberont éventuellement en désuétude. Quelle que soit la puissance de leur essor, les civilisations finiront par décliner, les cultures sombreront dans l’oubli et l’homme, se construira-t-il la plus opulente résidence du monde qu’il devra un jour la quitter pour toujours avant qu’elle finisse par s’écrouler au fil des ans et des siècles.
Les œuvres terrestres spécifiquement humaines ne comblent pas le vide en l’homme. Elles sont transitoires et doivent donc être considérées comme des accessoires, certes utiles lors du passage en ce monde, mais qui ne sauvent pas de la mort.
Résumé par Gemini (IA)
Intéressant dialogue philosophique! On y aborde des questions fondamentales sur le sens de la vie, le salut de l’humanité, le rôle de la foi et de la raison, et la nature du progrès.
Si je comprends bien, l’interlocuteur principal soutient que le salut de l’humanité passe par une conversion intérieure massive aux valeurs spirituelles, un « retour massif à la vie spirituelle ». Il reconnaît le caractère utopique d’une telle transformation à grande échelle dans le contexte actuel, mais affirme que c’est la seule véritable source d’espoir. Il s’appuie sur les doctrines religieuses, notamment le christianisme, qui prophétisent un changement radical de l’esprit humain, possiblement par une intervention divine.
Ève, quant à elle, exprime un certain scepticisme face à cette vision. Elle souligne l’échec apparent des nations chrétiennes à réaliser cette révolution sociale par le passé, marquées par les conflits et les inégalités. Elle s’interroge sur le caractère réaliste d’un tel consensus spirituel à l’échelle de l’humanité et craint de tomber dans une forme d’utopie.
L’interlocuteur répond en expliquant que les tentatives passées n’ont pas abouti car l’humanité n’était pas encore suffisamment « évoluée » pour intérioriser véritablement les croyances. Il distingue cette conversion intérieure d’un simple conformisme religieux extérieur, insistant sur un « plongeon jusqu’à la racine de l’ÊTRE en SOI ». Il décrit cette transformation comme une « mutation » de l’esprit individuel qui se répercuterait sur la société.
Face au scepticisme d’Ève quant à la probabilité d’un tel consensus, l’interlocuteur utilise une analogie de la « Maison de la vie » pour illustrer son propos. Il suggère que l’humanité se trouve à un point de saturation, comparable aux conditions qui ont précédé des « déplafonnements » majeurs dans l’évolution de la vie. Il anticipe une transition vers un « quatrième palier » impliquant une « convergence des consciences humaines en la conscience universelle d’un Organisme pouvant éventuellement se maintenir dans le PERPÉTUEL PRÉSENT. »
Il fait ensuite appel à la foi et aux prophéties des grandes religions, citant Isaïe et l’eschatologie chrétienne pour étayer son espoir d’une future ère de paix et de transformation spirituelle, rendue possible par l’intervention divine et la résurrection du Christ.
La discussion se poursuit sur la question de la liberté et du choix entre la foi et l’incroyance. L’interlocuteur soutient que l’esprit humain est inévitablement amené à croire en quelque chose, que même l’athéisme constitue une forme de croyance. Il oppose la foi, qui ouvre la voie à la plénitude de la vie, à l’incroyance, qu’il associe à la morbidité et à l’enfermement dans la souffrance.
Ève soulève une objection concernant le caractère potentiellement biaisé de cette présentation, où tout le positif est attribué à la foi et le négatif à l’incroyance. L’interlocuteur reconnaît que l’on peut choisir l’incroyance pour des raisons apparemment positives, comme la recherche autonome de la vérité, mais il argumente que cette voie mène ultimement au désespoir et à la négation de la conscience de l’ÊTRE AU PRÉSENT.
Il explique que la conscience implique une référence à une « Source de l’ÊTRE » et que nier Dieu revient à se priver du seul interlocuteur possible à la question de l’existence, conduisant à une « incohérence sans issue ». Il décrit l’incroyance comme une auto-immolation intellectuelle qui peut se manifester par le suicide ou une existence absurde.
Enfin, face à l’objection d’Ève sur l’apparente exclusion des athées du chemin de l’évolution, l’interlocuteur cite Francis Bacon et Louis Pasteur pour suggérer qu’une compréhension plus profonde de la philosophie et de la science peut mener à la religion. Il insiste sur la nécessité d’ouvrir l’esprit et le cœur à une vision universelle de la réalité, reconnaissant l’importance du subjectif dans la quête de la vérité.
Il conclut en présentant une vision du parcours humain tiraillé entre deux voies : celle ascendante de la vie et celle descendante de l’entropie. Il associe la foi à la première, menant au salut, et l’incroyance à la seconde, conduisant à la mort. Il reconnaît l’existence d’une zone de « quasi neutralité morale » dédiée aux activités humaines et au développement de la civilisation, mais il souligne que ces œuvres terrestres ne répondent pas à l’angoisse existentielle et sont transitoires.
Ce passage soulève de profondes questions sur la nature humaine, le sens de l’histoire, la relation entre la foi et la raison, et les défis auxquels l’humanité est confrontée. Il invite à une réflexion sur les fondements de nos croyances et sur la direction que nous souhaitons donner à notre existence individuelle et collective.
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3 réponses à « 31- Les deux voies »
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J’aimerais approfondir:
– la saturation rationnelle
– ce qui fait réellement évoluer l’humanité vers le 4e niveau
– la « quasi neutralité morale »-
1- La saturation rationnelle est manifeste lorsque, face à l’étendue des problèmes auxquels l’humanité fait face, la rationalité se trouve impuissante à les résoudre et s’engage sur une voie de solutions régressives pour tenter de sortir de l’impasse dans laquelle elle se trouve. Ex. : l’euthanasie pour soulager la souffrance en fin de vie, l’avortement pour la libération de la femme, etc.
2- Le “moteur” de la construction de l’univers et de l’évolution biologique et humaine, c’est l’Esprit, l’Esprit Saint qui “planait sur les eaux” à l’origine et qui aspire à Lui la création tout entière pour en tirer la Forme Parfaite, soit le Corps de Dieu. Dans le temps présent, l’Esprit aspire l’humanité vers le quatrième et est le seul Maître d’oeuvre de l’évolution. Les êtres n’évoluent pas par eux-même car aucun n’est en mesure de conhnaître et de se configurer par ses propres forces à la Créature nouvelle que l’Esprit construit. C’est pourquoi, pour évoluer véritablement, les personnes doivent rester passives devant Dieu en se laissant transformer par la Volonté du Créateur.
3- Les oeuvres humaines sont dites “quasiment neutres” dans le sens qu’elles visent la vie terrestre et donc, la croissance horizontale de l’Arbre de la vie. Elles sont normalement orientées vers le bien mais peuvent aussi dévier vers des voies morbides de régression.
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1- Les « lumières » ont eu leur époque de gloire. Mais elles ont atteint leur saturation dans la modernité. Vouloir demeurer dans cette dynamique, c’est se condamner à la mort. Ce que tu apportes est une réponse à la post-modernité.
2. L’Esprit, c’est aussi le « logos », le Verbe divin, pour nous le Verbe-fait-chair. Cette sagesse à l’oeuvre dans l’univers se laisse découvrir par les différentes sciences qui l’exprime en lois. L’honnêteté de la recherche des lois de l’univers et des lois de la vie permet à l’être humain de « collaborer » à l’oeuvre de Dieu qui le précède, le dépasse, le construit et le conduit.
3. Le défi de l’évangélisation consiste à tirer l’être humain de son inertie et de sa « neutralité morale ». Si je n’édifie pas le Royaume, je le détruit tôt ou tard.
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