Catégories
Commentaires récents
  1. Nous voici soudainement projeté entièrement dans une réflexion biblique ! Cela étonne et détonne un peu ! Toutefois, les interprétations…

  2. De même que "La naissance est exactement au centre d’une vie entière", de même la "naissance" de l'Humanité est exactement…

  3. Que dire ? J'ai démontré (sur mon site contemplationtransformante.net), par un tout autre chemin, que la vie de la première…

  4. Je ne sais si c'est la proximité de la fête de Noël qui me donne cet avant-goût de joie exubérante…

  5. « Ce détournement du fluide vital de l’intérieur vers l’extérieur […] a fait que l’humain, aliéné de sa cohérence interne,…

  6. Voici déjà un bref commentaire, histoire d'ouvrir notre échange: « — Lors de l’émergence de la CONSCIENCE RÉFLÉCHIE, les déterminismes de…

  7. Voici un premier commentaire: « pour saisir une ligne constante et cohérente d’évolution, il faut se mettre à distance des…

  8. La « tendance régressive, qui existait avant l’émergence de l’homme, n’excuse-t-elle pas la faute de nos premiers parents »,  s’interroge…

Recherche
45- L’ère sensorielle

< article_précédent _____________________________________article_suivant >

Ève : Permettez que je vous le dise : vous êtes parfois bien difficile à suivre ! Ne pourriez-vous pas diluer quelque peu l’intensité de vos propos ?

— Je suis désolé, très chère âme, d’être si peu clair. Je vous suis infini-ment reconnaissant de m’inciter à plus de précision par vos précieuses questions et contestations. J’avoue ne pas toujours savoir dans l’immédiat où mes pas me mènent. J’avance dans la foi et la confiance.

Bien sûr, les grandes lignes de ma pensée me sont déjà acquises. Elles guident ma démarche générale. Mais je suis comme un alpiniste en route vers un sommet qu’il a contemplé dans la distance mais le perd de vue inévitablement durant l’escalade. Il lui reste seulement comme certitude qu’il doive faire l’effort, souvent pénible, de monter toujours plus haut pour l’atteindre éventuellement. Comprenez que dans les dédales du chemin que je me dois d’emprunter pour parvenir à exposer ma vision, je puisse hésiter parfois, prendre une tangente peu féconde, explorer une piste sans issue ou, dans le meilleur des cas, trouver un raccourci, contourner des sentiers enchevêtrés, franchir un obstacle en m’élevant à un autre niveau.

— Bien que j’exprime parfois des hésitations et des réticences, j’accepte de vous suivre sans toujours clairement comprendre, sachant que des éléments encore à venir de votre démonstration pourront éventuellement jeter un nouvel éclairage sur le sujet.

— Merci pour votre bienveillante ouverture ! Reprenons donc le fil d’Ariane de notre démarche. Nous en étions à Abraham, l’archétype de l’ère cordiale marquée par le développement de la sensibilité et des émotions, lorsque nous avons digressé autour du sacrifice d’Isaac en l’associant à la croix de Jésus. C’était une anticipation théologique d’un développement à venir.

Avant de clore notre discours sur la formation du cœur, notons que d’autres passages de la Genèse pourraient contribuer à approfondir le sujet. Notamment, le colloque que le patriarche entretient avec Dieu pour sauver les habitants de Sodome de la destruction (cf. Gn 18, 16-33) démontre de l’empathie, une capacité de se mettre à la place de l’autre, notion absente dans l’ère cérébrale précédente. Il y a aussi ce sommet émotionnel de la sublime histoire de Joseph en Égypte retrouvant son père et ses frères (cf. Gn 45). Je laisse à votre discrétion le soin de poursuivre personnellement la méditation sur ces admirables textes.

L’ère du cœur étant bouclée, passons maintenant à la troisième étape de croissance intra-utérine. Durant l’âge cérébral, le GÉANT HUMAIN était nomade. Il avait acquis la maitrise du feu, fabriquait des outils de pierre, vivait de cueillette et de chasse. À l’âge du cœur, il est pasteur. Il domestique des animaux, se stabilise et développe l’agriculture. Au troisième stade, il devient citadin. C’est en effet l’organisation indispensable à la vie en société qui caractérise cette étape.

Ainsi, le GÉANT se fait gestionnaire des biens matériels, élabore des projets de construction grandiose, invente l’écriture, crée des codes de comportement qui tiennent compte du bien commun, édicte des règles qui harmonisent les intérêts divergents, érige des systèmes de gouvernance collective, etc. Ce faisant, il s’éloigne de plus en plus des comportements instinctifs de la nature et leur substitue son propre code fondé sur la rationalité. Il s’organise. En quelques millénaires seulement, il en vient à conquérir d’immenses territoires et à constituer des empires.

Au niveau de la culture, il se fait esthète. Il évolue tant et si bien qu’il en vient presque à émerger à la surface du liquide amniotique dans lequel il baigne encore pour un temps. Il pose à l’intelligence de vraies questions.

Il pressent certaines réponses même s’il ne parvient pas à comprendre tout à fait sa situation au milieu d’une nature (sa Mère) dont il prend des distances et qui lui devient de plus en plus étrangère. Mais il perçoit déjà une lumière diffuse au travers du placenta existentiel de la philosophie. Il anticipe de se déployer dans toute son envergure et aspire, sous la forme d’une quête d’unité politico-religieuse, à déchirer le voile qui lui masque encore un monde à conquérir.

— Je constate que vos résolutions ne font pas long feu ! Pour l’amour du ciel, qu’est-ce que tout ce symbolisme poétique veut bien dire ?

— Très chère, la poésie est utile. Elle est porteuse de significations qui dépassent la rationalité. Les images de gestation appliquées à la genèse humaine mettent en lumière des aspects de la réalité qui peuvent passer inaperçus aux yeux de l’observateur objectif. Vues dans la perspective de la vie intra-utérine, les civilisations successives de l’antiquité prennent une signification nouvelle. L’intuition permet de les appréhender autrement. Il y a là un procédé dont je ne saurais me passer.

Car c’est cet aspect ultra-sensible de la gestation du GÉANT HUMAIN que la Bible évoque. Pour identifier la figure biblique qui correspond à l’épisode que nous abordons, il faut consulter le livre de l’Exode. Tandis qu’Abraham met en valeur le siège des émotions — le cœur — Moïse, lui, manifeste le développement des organes de communication en rapport au monde, et c’est pourquoi l’ère dont il est l’expression archétypale est dite sensorielle.

À propos de ces périodes, je tiens à mettre en garde contre un cloisonnement rigoureusement étanche entre les phases de croissance. Analogiquement à ce qui se produit dans le sein maternel, le dynamisme vital, avant et après l’entrée dans un stage particulier, continue de gérer la croissance générale du fœtus. Par exemple, avant que le cœur n’apparaisse dans l’embryon, un grand nombre de cellules travaillent déjà à construire le réseau sanguin. Et lorsque le cœur commence à battre, le développement du cerveau ne s’interrompt pas pour autant.

Le corps n’est pas compartimenté. Il n’a de cesse de se développer tout entier même si nous pouvons identifier, en tant qu’observateur, des périodes où certaines parties apparaissent plus visiblement actives. Le dynamisme vital peut travailler particulièrement à la formation d’un organe mais sans négliger de fournir des énergies de croissance aux autres déjà mises en place et tout en préparant les bases de futurs développements.

Si nous appliquons ce principe au GÉANT, nous constaterons qu’il y a des chevauchements d’une ère à l’autre. Nous avons dit que c’est au cours de la troisième ère que l’humanité est devenue citadine. Mais cela n’implique pas que durant l’ère cordiale, caractérisée par la vie pastorale, il n’y ait pas eu du tout d’agglomérations plus ou moins organisées en société citadine. Et le fait qu’il y ait eu une ère pastorale n’implique pas la disparition complète du nomadisme.

Ces trois modes de vie continuent à exister jusqu’à nos jours même s’ils ne sont plus les axes déterminants de l’évolution. Ils influencent néanmoins les cultures en modélisant la structure inconsciente de la pensée collective concernée. Ce qui explique qu’un nomade ou un rural d’aujourd’hui ne pense pas et ne vit pas comme un sédentaire des mégapoles modernes.

Mais à propos de l’interpénétration des ères, il demeure que ces divi-sions ont un sens. Il y a certes une continuité dans la croissance mais en même temps, il y a aussi rupture avec certaines formes dépassées. Des crises de croissance ponctuent le développement du GÉANT et marque le passage d’un stage à l’autre. Ce sont ces passages qui intéressent la Bible.

Le Livre sacré n’est pas concerné par l’histoire dans le sens moderne du mot. Lorsque le scribe considère le passé, il ne se préoccupe pas tant de raconter des événements que la tradition lui aurait transmis que d’évoquer des phases du développement à partir desquelles l’on peut déduire le gabarit de la croissance vitale collective.

— Et comment le scribe y parvient-il ? Quelle est sa méthode ?

— C’est en tournant son regard à l’intérieur de lui-même qu’il extrapole le développement de l’humanité entière. En devenant “voyant”, il fait inconsciemment la lecture de sa propre structure. Sa faculté prophétique consiste à permettre à la mémoire de ses gènes de remonter jusqu’à sa conscience.

Normalement, nous sommes incapables de nous souvenir des étapes de croissance qui nous ont modélisés mais nos gènes, eux, s’en souviennent. Le prophète est celui qui a accès à cette mémoire, nul doute par une grâce providentielle. Si bien qu’en jetant un regard pénétrant sur la manière dont la substance vivante s’est structurée alors qu’il était encore dans le sein maternel, il peut déduire la structure de croissance de l’humanité se développant dans le sein de la Terre. La connaissance de soi constitue alors un miroir dans lequel il peut lire l’histoire universelle.

Mais pour nous qui faisons la lecture de sa vision à la charnière des axes d’intériorité et d’extériorité, cette histoire constitue une anticipation prophétique du devenir. Car on doit se souvenir que la structure de la croissance après la naissance est un calque du développement intra-utérin mais vu en miroir. Donc, ce que le prophète voit dans son intériorité se répercute au-dehors mais dans un ordre séquentiel inversé. Ce qui vient en premier dans l’intériorité en direction de l’origine survient en dernier dans l’extériorité en direction du terme.

Tant et si bien que les récits de la Genèse peuvent s’interpréter comme des signes prophétiques d’événements encore à venir pour nous plutôt que décrivant ceux du passé. L’Éden de l’origine annoncerait la conclusion bienheureuse de l’Histoire tandis que l’éradication d’une race humaine par le déluge prédirait une épreuve éventuelle que l’humanité tout entière ne pourra pas esquiver. Sur le gabarit des Deux diagonales, le déluge marquant le passage de l’ère cérébrale (D) à l’ère cordiale (E) signalerait donc la transition du millénaire psychique (H) au millénaire spirituel (I).

Mais ici, nous anticipons encore une fois sur notre démonstration. Nous y reviendrons en conclusion de notre démarche ! Pour l’heure, considérons le passage de la deuxième (E) à la troisième ère (F) de la croissance du GÉANT, marquée elle aussi par un épisode dramatique. Cet événement n’atteindra pas sur le coup l’ensemble de l’humanité mais ses effets à long terme burineront à jamais les traits de son visage. Il s’agit de la sortie des Israélites de l’Égypte sous la conduite de Moïse. Et pour en vérifier les circonstances, il nous faut fermer le livre mythique de la Genèse et ouvrir celui légendaire de l’Exode.

— Dois-je comprendre que vous mettez en doute aussi bien l’historicité de l’Exode que de la Genèse ?

— Ce que je dis, c’est que l’Histoire n’est pas le sujet de cette écriture. Il peut y avoir des éléments historiques entremêlés à des récits légendaires mais ce n’est pas là l’axe principal de signification. Le sens qui se dégage du livre de l’Exode, c’est que Dieu, par l’intermédiaire d’un prophète, s’est choisi un peuple parmi toutes les nations pour accomplir son dessein. Quant à savoir comment cela s’est réalisé concrètement et historiquement, c’est marginal.

Certes, dans le christianisme, il y a une vérité centrale dont on ne peut faire l’économie. C’est celle de l’incarnation. La Vérité est devenue chair. Elle s’est faite homme. Elle a pris la figure d’une personne. L’histoire de Moïse et de son peuple est d’une importance capitale dans la préparation de l’humanité à cet engendrement. C’est bien ce que l’on peut retenir surtout des livres deutéronomiques et non pas les menus détails de la loi et des prescriptions attribuées à Moïse.

Dans le livre de l’Exode, il existe deux versions différentes des circonstances dans lesquelles la loi mosaïque a été promulguée. Une tradition la situe lors d’une éruption volcanique (Ex 19, 18; 24, 17), une autre au milieu des éclairs d’un violent orage (Ex 19, 16). Une annotation de la Bible de Jérusalem y voit une indication que ces deux traditions divergentes s’expliquent par des contextes géographiques différents. Celui du nord en Galilée où de violents orages de montagne surviennent subitement et celui du sud, à proximité des volcans de l’Arabie.

Laquelle des deux contextes correspond à ce qui s’est véritablement produit, peut-on demander ? Probablement qu’on ne le saura jamais en se basant sur des évidences objectives. Ce que l’on peut tirer de cette divergence, c’est que les auteurs, des interprètes autorisés de la tradition hébraïque, ont utilisé des images impressionnantes de leurs milieux respectifs pour évoquer la transcendance de Dieu et la crainte religieuse que sa présence inspire. Au regard de ce que Moïse et le peuple de Dieu ont pu vivre lors de cette rencontre, les questions autour des circonstances historiques réelles sont donc très secondaires et sont peu pertinentes pour l’adhésion de foi à la Parole divine.

Car la présence de Dieu n’est pas susceptible d’examen par les critères définissant l’historicité ! L’agir de Dieu dans la vie humaine échappe à l’auscultation des sciences. On n’en peut saisir que les effets. Et encore, il faut la foi pour les reconnaître.

L’historien ne pourrait pas mettre de l’avant l’activité divine sans contrevenir à sa discipline. Il se doit de tout expliquer par l’homme. Pour lui, le responsable de la pérégrination du peuple hébreu dans le désert, c’est Moïse, à supposer qu’il ait vraiment existé, ce dont il doutera en l’absence de preuves archéologiques et en dépit des recherches extensives pour en trouver.

Ce personnage n’a toutefois pas été inventé de toute pièce. Et si le peuple hébreu affirme qu’il a joué un rôle primordial dans sa genèse, on peut le croire même sans évidences objectives. Dans le passé même très proche, beaucoup d’événements et de personnages ont existé sans qu’il subsiste de preuves objectives de leur existence.

Un principe quantique devrait s’appliquer ici, à savoir que l’ignorance ne peut jamais avoir un statut de connaissance. Ignorer ce n’est pas connaître puisque le réel est plus grand que la connaissance que nous pouvons en avoir. Conséquemment, on ne peut pas conclure de l’absence de preuves que les grands personnages évoqués dans la Bible n’ont pas existé.

Quant à savoir ce qui est véritablement de Dieu et ce qui relève de Moïse dans les récits ainsi que les actions rapportées, cela non plus n’est pas pertinent. Est-ce Dieu qui a choisi Moïse ou Moïse qui s’est laissé inspirer par Dieu ? Qu’est-ce qui vient en premier ? Est-ce Dieu qui invente l’homme ou l’homme qui invente Dieu ?

Poser la question, c’est y répondre. Le croyant soutient que c’est Dieu qui crée l’homme. L’athée estime au contraire que c’est l’homme qui invente Dieu. Quelle que soit l’opinion, la problématique demeure la même. C’est-à-dire que Dieu est une réalité existante, qu’il soit l’inventeur ou l’inventé. L’athée comme le croyant doit nécessairement en tenir compte. L’un pour l’ignorer, l’autre pour le servir. Leur divergence tient à ceci : le croyant connaît ce que l’incroyant ignore.

Le croyant est cohérent lorsqu’il reconnaît des limites à sa connaissance de la vérité, ce qui l’incite à effectuer un plongeon dans la foi. Et l’incohérence de l’incroyant consiste en ce qu’il croit tout comprendre mais ne se comprend pas lui-même.

Fermons donc cette parenthèse à propos de l’historicité et revenons-en à l’ère sensorielle que nous trouvons à la lettre F du graphique Deux diagonales. Ce qui caractérise cette ère sur le plan historique, c’est l’organisation sociétaire de la vie humaine. De clan de nomades, puis de tribu de sédentaires qu’il était, le GÉANT se fait peuple de citoyens. C’est ce dernier développement qui a généré la montée des civilisations.

L’exode d’Égypte du peuple hébreu représente l’étape cruciale d’hu-manisation du GÉANT en vue de l’union de l’esprit et de la chair sur la diagonale de l’incarnation. Dans ce scénario, Moïse, joue un rôle clef qui fait de lui l’archétype de cette ère. Ce sont les livres du Pentateuque qui en témoignent.

— Mais comment s’y retrouver au travers des versions parfois divergentes des faits et gestes qui lui sont attribués ?

— Les récits colligés au cours des siècles par diverses traditions hébraïques peuvent parfois diverger, en effet. Ces contradictions apparentes, paradoxalement, bien loin de mettre en doute jusqu’à l’existence même du prophète, militent au contraire pour l’authenticité historique de la personnalité archétypale de Moïse. Les auteurs ne sont pas des historiens dans le sens moderne du mot. Chacun interprète les événements dans son optique et intérêt propres. Toutefois, les divergences dans les détails font ressortir leur concordance sur le fond. Car ils évoquent unanimement l’importance de l’œuvre mosaïque non seulement pour le peuple hébreu mais pour toute l’humanité.

— Il reste que l’on peut mettre en doute la pertinence, pour nous aujourd’hui, des précisions architecturales du sanctuaire érigé par les Hébreux lors de leur pérégrination dans le désert. Quel sens peut avoir encore l’énumération des règles, coutumes et observances du culte hébraïque, élaborées au cours des siècles et non uniquement durant les 40 ans de pérégrination dans le désert ?

— Certes, ces détails touffus voilent quelque peu la profondeur prophétique de l’œuvre mosaïque. J’estime pour ma part qu’ils sont porteurs d’une signification décodable dans l’optique de notre géant mythique. Il s’agit d’identifier le moule invisible du développement, la forme adoptée par les pulsions vitales qui procèdent à sa croissance.

Or, la proclamation du décalogue émerge clairement de cette analyse. Je suggère, par exemple, que les Dix commandements régulent le développement des sens du GÉANT. Des balises sont nécessaires afin d’endiguer les débordements erratiques de leur usage. Ces règles, ce sont les lois de la vie dont la première et la plus importante consiste à inscrire le développement dans l’axe de l’évolution par le culte rendu au Créateur. L’observation de ces commandements construit le bonheur de l’être humain. Leur violation lui amène au contraire le malheur.

Vois, je te propose aujourd’hui vie et bonheur, mort et malheur. Si tu écoutes les commandements de Yahvé ton Dieu que je te prescris aujourd’hui, et que tu aimes Yahvé ton Dieu, que tu marches dans ses voies, que tu gardes ses commandements, ses lois et ses coutumes, tu vivras et tu multiplieras, Yahvé ton Dieu te bénira dans le pays où tu entres pour en prendre possession. Mais si ton cœur se détourne, si tu n’écoutes point et si tu te laisses entraîner à te prosterner devant d’autres dieux et à les servir, je vous déclare aujourd’hui que vous périrez certainement et que vous ne vivrez pas de longs jours sur la terre où vous pénétrez pour en prendre possession en passant le Jourdain. Je prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre : je te propose la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie… (Dt 30, 15-19).

Quant au développement des organes internes du géant, c’est le culte de Yahvé qui le règle. Les critères architecturaux d’érection du sanctuaire, l’élaboration des rites sacrés, l’institution du sacerdoce sacrificiel que les livres du Pentateuque décrivent abondamment, symbolisent cette croissance.

Fais-moi un sanctuaire que je puisse résider parmi eux. Tu feras tout selon le modèle de la Demeure et le modèle de son mobilier que je vais te montrer (Ex 25, 8-9).

Dieu habite au milieu de son peuple. Il ordonne du dedans les diverses fonctions d’intériorité du GÉANT. Enfin, le GÉANT a besoin de forces, de bras et de jambes pour assumer efficacement la mission de “soumettre” et “remplir” la Terre (cf. Gn 1, 28). Le concept de la Terre sainte est la clef du développement des membres. Après la conquête du pays qui « ruisselle de lait et de miel » (Lv 20, 24), cette notion évolue en une mystique de la Cité sainte, Jérusalem, que l’on retrouve dans les livres de la Bible écrits dans la foulée de la déportation du peuple juif à Babylone. Le psaume 137 est une poignante illustration de cette mystique.

Au bord des fleuves de Babylone, nous étions assis et nous pleurions, nous souvenant de Sion ; aux peupliers d’alentour nous avions pendu nos harpes. Et c’est là qu’ils nous demandèrent, nos geôliers, des cantiques, nos ravisseurs, de la joie : « Chantez-nous, disaient-ils, un cantique de Sion ». Comment chanterions-nous un cantique de Yahvé sur une terre étrangère ? Si je t’oublie, Jérusalem, que ma droite se dessèche, que ma langue s’attache à mon palais si je perds ton souvenir, si je ne mets Jérusa¬lem au plus haut de ma joie ! (Ps 137 1-6).

— L’association que vous faites entre les livres du Pentateuque et ce que vous avez défini comme un troisième stage de formation intra-utérine du GÉANT HUMAIN me semble pour le moins surréaliste. Entre autres, une incohérence historique me saute aux yeux. Vous avez précisé que c’est au cours de cette « ère sensorielle » que la vie urbaine s’est développée. Or, l’archéologie a trouvé des vestiges de villes établies quelque 10 000 ans avant l’ère chrétienne. Tandis que l’exode d’Égypte sous la conduite de Moïse remonterait à 12 siècles seulement av. J.-C. Quant à la mystique de la Cité sainte, elle est apparue plusieurs siècles après l’entrée du peuple hébreu en terre promise et, notamment, dans la foulée de la déportation à Babylone. Comment expliquez-vous ce décalage ?

— Très chère, ce que j’avance n’a rien de dogmatique ou de contraignant. Ma démarche consiste à simplement ouvrir des espaces noétiques inexplorés et à guider l’esprit sur une route qui pourra éventuellement déboucher sur une vision universelle de la réalité. Lorsque je parviendrai au bout de cette recherche, il restera encore beaucoup de déblayage à faire pour que les pistes de solutions aux questionnements de l’intelligence que je propose s’élargissent en avenues lumineuses de pensée, élaguée de tout développement superfétatoire. Il y a ici une œuvre de civilisation à mettre en chantier pour ajuster la raison au réel et développer un langage approprié. Un travail que je ne fais qu’amorcer et que d’autres pourront mener à terme.

En ce qui concerne le décalage que vous avez judicieusement observé, il implique une signification tributaire de l’angle d’observation adopté. On peut le considérer tour à tour de l’extérieur et de l’intérieur pour ensuite accéder à une vision synthétique. Commençons donc par l’explication objective.

Vous vous souviendrez certainement que nous avons observé, sur le palier des multicellulaires, deux lois déterminantes de l’évolution. Dans un premier temps, le dynamisme vital exerce une pression sur les espèces pour qu’elles s’ajustent aux conditions extérieures. La niche environnementale dans laquelle chacune vit modélise leur forme. C’est la loi d’adaptation. Cette loi est prioritaire. Elle vient en premier parce que la survie des espèces en dépend.

La deuxième loi, celle du dépassement, agit secondairement dans le temps lorsque l’espèce est déjà établie dans son milieu propre. La substance vivante incite alors à dépasser les conditions éprouvantes de la matérialité, rencontrées dans l’axe horizontal. Cette loi explique l’escalade des espèces, une fuite par en haut en quelque sorte. En prenant la suite de l’autre loi, elle perfectionne les acquis et occasionne un affinement des structures biologiques. Elle rend compte tout à la fois de la recherche qualitative de l’évolution et de la beauté plastique des organismes. Si bien que l’alternance ADAPTATION HORIZONTALE et DÉPASSEMENT VERTICAL, en avançant dans l’espace et le temps, trace la courbe ascendante de la substance vivante.

Et, si nous appliquons ces deux lois au décalage que vous avez relevé, nous constaterons que le développement de la vie urbaine, qui est une facette de l’adaptation de l’humanité à l’environnement terrestre, devait venir avant que ne soit proposée, sous la poussée de la loi du dépassement, une cité qualitativement plus élevée. Une cité plus motivée par les valeurs de justice et de paix que par le pouvoir politique et les intérêts matériels brutaux. Une cité spirituelle, donc, construite prioritairement en vue de l’axe vertical. La loi d’adaptation a d’abord stimulé la création des villes et, une fois le contexte urbain fermement établi, la loi du dépassement a pu entrer en scène pour élaborer la notion de la cité parfaite, la Cité sainte.

Ce qui m’amène au deuxième volet de l’explication du décalage, soit la signification subjective. Comme nous l’avons déjà amplement démontré, le langage propre de l’intériorité, c’est l’aspiration spirituelle de l’humanité qui en est la clef. Ainsi la notion de salut correspond, en termes religieux, à la loi du dépassement. Car en proposant d’une manière ou d’une autre une démarche vers un au-delà de la souffrance et de la mort, la religion balise l’échappatoire des conditions adverses en offrant la possibilité du développement à une plus haute altitude. Toute la Bible est traversée par cette exigence de libération des limites qu’impose la matérialité à la vie. En filigrane de ses divers récits, elle raconte en fait les étapes franchies par la GÉANTE HUMANITÉ sur cette route.

Dans l’Ancien Testament, l’histoire de Moïse et de son peuple est une éloquente illustration de cette quête de salut. Au cœur de la grande civilisation égyptienne, le peuple hébreu est tenu en esclavage. Cruellement opprimé par un système pharaonique exploiteur de son énergie vitale, il réclame d’être libéré des tâches matérielles auxquelles il est asservi pour rendre un culte à son Dieu.

Ce peuple cherche une voie de dépassement. En Moïse, il trouve un chef « instruit dans toute la sagesse des Égyptiens » (Ac 7, 22). Au départ de sa mission, le prophète est établi à la fine pointe de la culture du GÉANT HUMAIN. Il a pleine jouissance des acquis de la civilisation de son époque. Moïse a donc toutes les compétences utiles pour guider le peuple vers l’inconnu d’un nouveau développement. Aussi, se détourne-t-il du milieu qui l’a éduqué pour s’engager avec son peuple dans l’étroit couloir inexploré du dépassement.

Moïse — et son peuple — me fait penser au fœtus qui se retourne dans l’utérus pour s’orienter dans le passage vaginal qu’il devra traverser pour venir au monde. Mais plusieurs siècles de gestation devront s’écouler avant que le “nouveau-né” puisse voir le jour.

À l’heure de Moïse et de son peuple, on ne peut encore savoir ce que la délivrance de l’utérus terrestre tient en réserve. La libération n’est encore qu’une aspiration. Car au milieu du désert, le peuple ne trouve rien qui vaille. C’est pourquoi il cherche au-delà de ses vicissitudes, « un pays où ruissellent le lait et le miel », et, éventuellement, une cité, Jérusalem, où rayonnent la vérité et la justice. C’est-à-dire de quoi satisfaire aussi bien les besoins matériels que l’aspiration religieuse.

Ce peuple est poussé par la loi du dépassement. Il aspire à un niveau vital plus élevé que celui atteint jusque-là dans l’humanité. Moïse est le personnage tout trouvé pour lui donner les moyens d’y accéder et de s’y maintenir tout en lui interdisant de retourner à la servitude, ce qu’il sera tenté de faire lorsque les conditions matérielles se feront criantes.

Je vous ai enseigné des lois et des coutumes… Gardez-les et mettez-les en pratique, ainsi vous serez sages et avisés aux yeux des peuples… Quelle est la grande nation dont les lois et coutumes soient aussi justes que toute cette Loi que je vous prescris aujourd’hui ? (Dt 4, 5-8).

Après avoir considéré le décalage de l’extérieur et de l’intérieur, tentons maintenant la synthèse. La Loi a été communiquée à Moïse au sommet d’une montagne. Elle vient d’En-haut. Pour notre optique, cela signifie qu’elle provient de la zone ultime que l’obéissance à la loi du dépassement permet d’atteindre.

Sur notre graphique des Deux diagonales (voir colonne de droite), Moïse se situe au début de la section marquée par la lettre F. Le fait qu’il fasse l’ascension de la montagne pour entrer en dialogue avec la divinité implique que son regard se tourne vers le niveau marqué par la lettre B. De sa plateforme d’observation, Moïse voit tout le chemin parcouru jusque-là par l’esprit. La partie spirituelle de l’être humain est comme une étincelle divine qui descend graduellement de son altitude transcendante pour animer l’être humain dans toutes ses dimensions, le guider dans son évolution et, éventuellement, le diviniser.

Nous avons dit que les lois, les coutumes et les rites codifiés dans les livres du Pentateuque ont régulé le développement des organes internes et externes du GÉANT HUMAIN. La Loi mosaïque a permis à l’esprit de descendre de plus en plus au niveau concret de la structure humaine. Paradoxalement, la loi du dépassement a fait que la partie spirituelle descende de son altitude originelle pour se porter à la rencontre de la chair et ainsi ouvrir le chemin de l’incarnation du Verbe.

De son côté, le volet physique a été aspiré par l’Esprit. Il est remonté à l’origine du niveau animal, marqué par la lettre C, et s’est élevé graduellement, s’est affiné, ennobli, perfectionné jusqu’à se vêtir de dignité et de beauté. La civilisation gréco-romaine a été un sommet atteint par l’humanité dans cette aspiration à l’esprit. Le degré d’humanisation de cette culture a certainement contribué à préparer l’union de la chair et de l’esprit du GÉANT HUMAIN.

— Y a-t-il eu fusion entre la chair et l’esprit ?

— Les deux composantes demeurent distinctes comme mâle et femelle dans ce mariage consommé quelque 12 siècles après Moïse. Il y a maintenant deux millénaires, un homme est survenu qui a fait basculer le GÉANT de l’interne à l’externe, de l’utérus planétaire à l’émergence au monde. Il s’est lui-même attribué le titre de « Fils de l’homme » cependant que ses frères en humanité l’ont reconnu « Fils de Dieu ». Désormais, la CONSCIENCE UNIFIÉE du quatrième étage de la Maison de la vie retiendra de la réalité humaine ce qui est avant et ce qui est après lui. Elle le consacrera véritable centre de l’Histoire et désignera Jérusalem, lieu de naissance de la GÉANTE HUMANITÉ.

— Vous associez le mariage de l’esprit et de la chair en l’humanité à l’incarnation du Verbe. Je doute que la théologie classique voudrait entériner cette conception. Comme si ce mystère surnaturel pouvait se réduire à la nature.

— J’avoue que je n’apprécie guère les distinctions entre nature et surnature. Pour devenir véritablement universelle, notre vision ne devrait-elle pas englober ces ordres de réalité sous un même regard ? En tout cas, c’est bien ce que nous faisons lorsque nous considérons le phénomène global de la vie comme une maison comportant plusieurs étages. Pour un niveau particulier, l’étage au-dessus le dépasse et est inaccessible. Il est “surnaturel”, dans le sens qu’il est au-dessus de sa nature.

Par exemple, un unicellulaire du premier niveau ne peut pas entrer en relation avec les organismes du deuxième niveau. Ils demeurent pour lui mystérieux. Il les côtoie et les parasite parfois à l’avantage ou au détriment des multicellulaires sans même savoir qu’ils existent.

À son tour, le monde des multicellulaires ne peut pas comprendre grand-chose du monde de la conscience réfléchie. Les humains demeurent pour les organismes de ce niveau une impénétrable énigme. C’est sans doute l’une des raisons pour laquelle la plupart des animaux fuient instinctivement la compagnie des humains. S’ils avaient accès à des concepts, probablement qu’ils qualifieraient de “surnaturelles” ces étranges créatures humaines.

Il en est de même des relations entre le troisième et quatrième étage de la Maison de la vie. La CONSCIENCE RATIONNELLE ne peut accéder d’elle-même au niveau de la CONSCIENCE UNIFIÉE. De sorte que pour rendre compte de notre ignorance de l’économie vitale à ce niveau, nous la disons surnaturelle.

Remarquez que nous avons tout à fait raison de qualifier ainsi ce qui dépasse notre nature rationnelle. Ma réticence face à l’usage inconsidéré du terme ne concerne pas tant la notion elle-même. Ma critique vise la conception de l’ordre surnaturel comme un monde à part, sans lien avec le déploiement cosmique de l’univers et l’essor de la substance vivante sur notre planète.

Or, tout est cohérent, tout se tient dans l’univers. Il n’y a pas deux univers sans lien l’un avec l’autre, l’un visible, l’autre invisible; l’un naturel, l’autre surnaturel. De notre point de vue, il ne peut y en avoir qu’un, comme la racine du mot “univers” l’indique.

C’est dans cette perspective d’unification que nous avons créé le mythe du GÉANT HUMAIN. Souvenons-nous qu’il réfère à toutes les espèces humaines, depuis les plus primitives de la préhistoire jusqu’à celles plus évoluées de l’avenir en passant par l’homme moderne.

Le mythe du géant renvoie donc à toutes les disciplines rationnelles par lesquelles on peut aborder le phénomène humain, incluant la théologie et la philosophie. Ce que je dis de l’incarnation, que vous estimez une explication trop naturelle, n’exclut en rien l’Agir divin. Le langage de la philosophie n’est pas identique à celui de la théologie. Les deux ne se contredisent pas pour autant. Ils se complètent au contraire. Car ce que notre recherche peut apporter de nouveau à l’intelligence de la réalité n’infirme pas ce qui était déjà connu. Elle confirme au contraire nos certitudes en les éclairant sous un nouveau jour.

Si bien que les vérités de la foi deviennent ainsi perceptibles à la raison, mais comme dans le flou d’un brouillard, au travers de l’ordre et de la cohérence d’un univers à la fois visible et invisible. Saint Paul était très conscient des limites de la vision à laquelle nous avons accès à notre niveau rationnel.

Nous voyons, à présent, dans un miroir, en énigme, mais alors ce sera face à face. À présent, je connais d’une manière partielle; mais alors je connaîtrai comme je suis connu (1 Co 13, 12).

< article_précédent _____________________________________article_suivant >

Le graphique des Deux diagonales schématise l’évolution de l’humanité, depuis l’homme préhistorique jusqu’à l’homme accompli à venir en passant par l’homme moderne.
À l’âge du cœur, le GÉANT HUMAIN est pasteur. durant l’Ère sensoriel, il devient citadin. Il se fait gestionnaire des biens matériels, élabore des projets de construction grandiose, invente l’écriture, crée des codes de comportements, etc.
Tandis qu’Abraham met en valeur le siège des émotions — le cœur — Moïse, lui, manifeste le développement des organes de communication avec le monde, et c’est pourquoi l’Ère dont il est l’expression archétypale est dite “sensorielle”.
La deuxième loi de la substance vivante agit secondairement lorsque les espèces sont déjà établies dans leur milieu propre. Elle incite alors à dépasser les conditions éprouvantes de la matérialité, rencontrées dans l’axe horizontal. Si bien que l’alternance ADAPTATION horizontale et DÉPASSEMENT vertical, en avançant dans l’espace et le temps, trace la courbe ascendante de la substance vivante.
Les Dix commandements régulent le développement des sens du GÉANT HUMAIN. Des balises sont nécessaires afin d’endiguer les débordements erratiques de leur usage. Ces règles, ce sont les lois de la vie dont la première et la plus importante consiste à inscrire le développement dans l’axe vertical de l’évolution par le culte rendu au Créateur.

Laisser un commentaire