Catégories
Commentaires récents
  1. Je ne sais si c'est la proximité de la fête de Noël qui me donne cet avant-goût de joie exubérante…

  2. « Ce détournement du fluide vital de l’intérieur vers l’extérieur […] a fait que l’humain, aliéné de sa cohérence interne,…

  3. Voici déjà un bref commentaire, histoire d'ouvrir notre échange: « — Lors de l’émergence de la CONSCIENCE RÉFLÉCHIE, les déterminismes de…

  4. Voici un premier commentaire: « pour saisir une ligne constante et cohérente d’évolution, il faut se mettre à distance des…

  5. La « tendance régressive, qui existait avant l’émergence de l’homme, n’excuse-t-elle pas la faute de nos premiers parents »,  s’interroge…

  6. « Je pousserai même la proposition jusqu’à dire que Dieu ne se rencontre pas ailleurs qu’en nous. Dieu ne se…

  7. Le problème soulevé à l’amorce de cet entretien n’est pas superficiel. Il questionne la légitimité de semer « les germes…

  8. « L’énergie dispersée par l’entropie de la matière cosmique en expansion est ici “récupérée” par la substance vivante dans son…

Recherche
37- La structure humaine

< article_précédent _____________________________________article_suivant >

Ève : Depuis notre dernier entretien, je ne suis pas parvenue à digérer votre argument selon lequel le dynamisme vital de la toute première cellule vivante sur la Terre est le même que celui de l’enfant de mon sein, laissant ainsi entendre, me semble-t-il, que rien fondamentalement ne les distingue. Vous avez de plus dit que « le fluide vital, que ce soit celui de l’arbre de la forêt, de l’animal sauvage ou de l’être humain, provient de Dieu ». Vos conceptions ne ressortiraient-elles pas du panthéisme, cette doctrine qui divinise la nature ?

— Le principe vital est unique et le même mais les organismes qu’il anime dans toutes les directions de l’espace et du temps se distinguent entre eux selon deux facteurs : la réceptivité et le niveau.

Le premier élément distinctif rend compte du fait que les structures organismiques peuvent être plus ou moins ouvertes, et donc, plus ou moins réceptives au dynamisme de la substance vivante. Entre un lombric et un chimpanzé, l’énorme décalage est évident, n’est-ce pas ? La différence peut se ramener au degré de complexité de la structure qui sert de support à l’élan vital.

Ce qui m’amène au deuxième facteur, celui de la gradation ascendante de la Maison de la vie. La distance qualitative entre les divers niveaux est pratiquement incommensurable. Autre est la qualité de la vie au premier palier, autre est celle du deuxième. Et ainsi de suite, du deuxième au troisième et du troisième au quatrième. On ne doit pas oublier que chaque étage forme une synthèse du niveau inférieur et constitue un nouveau départ, une renaissance de l’essor vital, un regain fécond de sa trajectoire ascendante.

L’on pourra mieux le comprendre si l’on rejette l’idée que la substance vivante invente, en quelque sorte, les diverses espèces d’organismes. Elle ne procède pas à la manière d’un sculpteur qui créerait diverses formes pour exprimer sa subjectivité. Car elle n’agit pas de l’extérieur mais de l’intérieur. À la base, elle investit la matière pour la vitaliser le plus possible, selon ce que les structures mises en place par les conditions extérieures lui permettent.

Dans le règne animal, par exemple, son action consiste à mettre une pression sur les espèces en vue de leur fournir plus d’énergie, les rendant ainsi toujours plus vibrantes. Ce qui a pour effet de les pousser à se transformer d’elles-mêmes pour qu’elles développent des organes d’adaptation plus efficaces et parviennent ainsi à s’imposer sur une portion plus importante du milieu environnemental.

Au tout début de son investissement de la matière, la substance vivante n’est pas parvenue à vitaliser au maximum le conglomérat de molécules destiné à former la première cellule. Mais cet humble début de vie s’est amélioré dans les générations ultérieures. De nouvelles espèces ont émergé qui ont offert à la substance vivante des ouvertures structurales de plus en plus généreuses, autorisant un contrôle accru sur les forces entropiques de la matière. Ainsi s’est dessinée la courbe ascendante en recherche d’une structure organismique capable de porter éventuellement la plénitude de ce qu’elle est, soit, la PERPÉTUELLE PRÉSENCE.

Il n’y a qu’à comparer le grouillement microscopique du monde des unicellulaires au foisonnement des espèces de toutes les dimensions et complexité du monde des pluricellulaires pour se donner une petite idée de l’envergure du bond qualitatif qui a permis le passage du premier au deuxième. Que dire de l’incalculable distance franchie du monde des pluricellulaires à celui de la conscience réfléchie ? On pourrait l’apprécier objectivement s’il était possible de chiffrer les avantages de la raison sur l’instinct, de la liberté sur le conditionnement, du conscient sur l’inconscient, de l’universel sur le particulier.

— La différence entre l’homme et l’animal se ramènerait à une question d’ouverture qualitative ? L’homme se distinguerait du chimpanzé simplement parce que sa structure physique est plus réceptive au dynamisme vital ?

— Ce serait une erreur de réduire cette différence à la structure physique. Il ne faut pas oublier que la substance vivante est une réalité autrement plus vaste que ce qu’elle parvient à manifester dans le monde visible. De plus, l’être humain n’est pas qu’un corps vivant. Sa vie se joue surtout dans la dimension invisible de la conscience et de la liberté qui, certes, se répercutent dans l’apparence physique mais ne s’y réduit pas. C’est donc au niveau de la conscience et de la liberté que peut s’apprécier la distance entre l’animal et l’homme et que peut être évaluée l’ouverture de la structure humaine au dynamisme vital.

La faculté par laquelle l’être humain prend conscience de lui-même et détermine son comportement n’est pas banale. Elle ne s’explique pas par le besoin d’adaptation de l’organisme individuel à une portion de l’environnement terrestre comme c’est le cas chez l’animal. Car cette faculté constitue un dépassement de ce besoin, la preuve étant que l’être humain privé de ses membres, un quadriplégique par exemple, n’en continue pas moins d’être rationnel et capable de prendre librement des décisions. Elle s’explique plutôt comme un don de la substance vivante parvenue, en chaque être humain en particulier, au seuil de la permanence.

— Que voulez-vous dire ? Qu’est-ce que vous entendez par ce don ? Peut-on l’interpréter dans le sens d’une intervention divine ?

— Il est bien difficile d’en évoquer la beauté, et plus encore, d’en démontrer l’existence par des arguments, bien que l’approche rationnelle dépende de ce don. La foi religieuse peut toutefois contribuer, dans un premier temps, à ouvrir l’esprit à cette merveilleuse vérité. Au cours de nos prochains entretiens, nous pourrons extrapoler les formidables conséquences qui découlent de ce don de permanence. Pour l’heure, toutefois, nous pouvons consulter ce que nous dit la Bible à ce propos. Les deux récits de la création de la Genèse, dont nous n’avons pas encore épuisé tout le sens, abordent cette vérité de manière très différente mais complémentaire.

Dans le premier récit, Dieu crée les espèces animales le sixième jour en donnant à notre planète la faculté de les produire : « Que la terre produise des êtres vivants selon leur espèce » (Gn 1, 24).

On peut noter une fois de plus que la création de formes vivantes, qui passe par ce que notre planète peut produire d’elle-même, s’harmonise parfaitement avec le concept scientifique d’évolution biologique. En revanche, elle discrédite complètement la notion de création des espèces à partir de rien, censée se fonder sur l’interprétation littérale de la Bible. La Genèse, en fait, contredit les affirmations péremptoires, non pas de la foi authentique mais du dogmatisme borné de certaines formes de créationnisme. Cela dit, il demeure que l’auteur réserve ensuite à la création de l’homme un traitement bien spécial.

La création de l’être humain le même jour que les animaux peut s’interpréter comme une allusion à ses racines biologiques. Il est issu du règne animal, qu’il est cependant appelé à dominer et au-dessus duquel il est élevé pour devenir « l’image de Dieu ».

Dieu dit : « Faisons l’homme à notre image, comme notre ressemblance, et qu’ils dominent sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toutes les bêtes sauvages et toutes les bestioles qui rampent sur la terre. » Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa (Gn 1, 26-27).

Dans le deuxième récit, l’homme est créé en premier, avant la végétation et avant les animaux. L’écrivain sacré raconte que Dieu forme d’abord son corps avec de la glaise (entendre la matière) rendue féconde par « un flot qui montait de terre et arrosait toute la surface du sol » (cf. Gn 2, 4-6). La source d’eau qui jaillit des profondeurs de la matière pour inonder le sol peut faire penser aux temps géologiques qui ont préparé, pendant des milliards d’années, l’avènement de la vie sur notre planète.

Dieu insuffle ensuite « dans ses narines une haleine de vie et l’homme devint un être vivant » (Gn 2, 7). À remarquer que c’est le souffle divin qui anime l’homme et le fait vivre. La vie de l’homme tire son origine du souffle même de Dieu. Toutefois, « il n’est pas bon que l’homme soit seul ». C’est pourquoi Dieu lui cherche « une aide qui lui soit assortie » (2, 18).

Pour créer les espèces animales, Dieu utilise le même procédé que pour l’homme en les modelant avec de la glaise. Mais au lieu de leur insuffler la vie dans les narines, il présente chaque espèce à l’homme « pour voir comment celui-ci les appellerait : chacun devait porter le nom que l’homme lui aurait donné » (v. 19).

Si l’homme peut sans hésitation s’acquitter de la tâche de donner un nom « à tous les bestiaux, aux oiseaux du ciel et à toutes les bêtes sauvages » (v. 20), c’est qu’il reconnaît en chaque espèce particulière une partie de lui-même. Et puisqu’il sait nommer TOUTES les espèces, c’est qu’il en constitue une synthèse. C’est pourquoi Dieu ne pourra pas trouver dans le règne animal « l’aide assortie » au niveau de l’homme. Il lui fera une compagne, tirée de la même substance que lui, du même niveau qualitatif, « l’os de mes os, la chair de ma chair » (v. 23).

Depuis le début du christianisme, la théologie a vu dans ces deux passages combinés de l’Écriture, la création, en chaque être humain, d’une âme immortelle. Un concept qu’ignorait la culture juive à l’époque de la rédaction de la Genèse mais que les philosophes grecs avaient su déduire de l’exercice même de la raison. Ils avaient compris que la faculté abstractive de la rationalité, en accédant à la connaissance expérientielle de l’ÊTRE, devait forcément relever d’un principe vital immortel.

— Vous inférez que l’exercice de la rationalité présuppose l’immortalité. Pour soutenir cette opinion, vous faites allusion aux Grecs. J’avoue ne pas me satisfaire de cette simple référence. Par quel cheminement de pensée pouvez-vous personnellement arriver à cette conclusion ?

— Ce n’est pas mon intention de proposer une suite d’arguments logiques pour démontrer que la foi en l’immortalité de la conscience est fondée. Il peut être utile toutefois de savoir que certains philosophes grecs, par les seules ressources de la rationalité et sans l’aide de l’éclairage biblique auquel nous avons référé, soient parvenus à cette connaissance.

Pour notre part, nous devrions aboutir au même résultat mais en passant par un autre chemin que l’enchaînement d’arguments abstraits. Cette autre voie est celle de l’intériorité dont nous découvrons le gabarit en étudiant la croissance de l’enfant dans votre sein. Je vous propose donc un nouveau regard sur ce développement sous la forme de tableaux graphiques que nous élaborerons ensemble pour synthétiser et dépasser ce que nous avons trouvé jusqu’ici.

Ainsi, pour illustrer notre questionnement sur l’origine, je dessine d’abord une flèche horizontale qui pointe vers la gauche. Pourquoi à gauche ? Parce que si nous savons intuitivement illustrer l’écoulement du temps par une flèche qui pointe à droite — ce qui est fort significatif — une flèche qui indique une direction à gauche peut symboliser un repli à rebours du temps. Au bout de cette flèche, nous inscrivons donc : origine. Et maintenant, que pourrions-nous écrire à droite, au point de départ de cette flèche ?

— Puisque nous cherchons à illustrer la vie de mon enfant pendant qu’il vit à l’intérieur de mon corps, inscrivons “naissance”.

— Très bien ! Je divise ce parcours en trois sections égales pour illustrer les trois stades de croissance que nous avons identifiés en régressant vers l’origine. Vous vous souvenez ? Nous avons d’abord évoqué le développement des sens. Puis le cœur et, enfin, nous avons référé à l’héritage génétique de notre espèce dont les déterminismes sont mis en œuvre par le développement initial du cerveau.

Ces trois phases ne sont pas successives en ce sens que l’une ne suit pas l’antécédente en la terminant. Elles apparaissent comme un développement nouveau. La nouvelle phase de croissance se surajoute à l’antérieure qui continue à se poursuivre parallèlement. Pour bien marquer cette continuité, plutôt que de simplement diviser notre ligne en trois sections, j’illustre les trois stades par des lignes superposées qui suivent leur propre voie sans interférer avec les autres. Nous avons donc la ligne des sens, la ligne du cœur et la ligne de la tête.

Et maintenant, très chère, si vous le permettez, nous allons projeter ce qui arrivera de ce développement après la naissance. Nous avons identifié les étapes de sa vie intra-utérine en régressant vers l’origine mais c’est en pointant notre flèche à droite vers le terme de la vie que nous pourrons suivre la croissance vitale hors du sein maternel. J’utilise le mot terme pour marquer la fin de la vie parce qu’il évoque un achèvement, un épanouissement de la croissance plutôt qu’un arrêt brutal et sans objet.

— Alors, que se passe-t-il après la naissance ?

— Les sens continuent à se développer. La vision, par exemple, est floue au départ. Ce n’est qu’après plusieurs semaines qu’elle se précise. Les cellules nerveuses ne sont pas encore toutes reliées entre elles. Ce qui fait que le bébé manque de coordination dans ses gestes.

Après quelques mois, ses mouvements sont mieux contrôlés. Il parvient à saisir des objets et à les utiliser. Il devient de plus en plus conscient de son entourage. Il reconnaît les personnes, esquisse son premier sourire, réagit aux stimulations verbales. Au fil des mois, il se traîne d’un endroit à l’autre, apprend à prononcer quelques mots, à marcher. Dès les premières années de l’existence, il entre en communication avec un milieu de vie de plus en plus étendu en accumulant les images et les sensations. Il élargit son vocabulaire et apprend à utiliser la complexité du langage pour exprimer sa subjectivité.

Nous prolongeons donc à droite la ligne des sens — que nous identifions comme désignant le corps — jusqu’au tiers de la ligne de base de telle manière qu’elle soit de même longueur avant et après la naissance. Lorsque les organes de communication avec l’extérieur atteignent le pinacle de leur développement, l’on peut comprendre que l’enfant est parvenu à un moment décisif. Il commence alors à prendre conscience de lui-même.

Cette transition est accomplie lorsqu’il passe, dans le langage, du “il” au “je”. Antérieurement, il s’exprimait comme s’il était extérieur à lui-même. Il se nommait par son prénom et conjuguait les verbes pour se dire à la troisième personne. Jean fait ceci… Marie ne veut pas cela… Il ou elle s’objectivait.

L’arrivée du « moi, je… » est le signe de l’entrée dans le deuxième stade de croissance. Avez-vous déjà remarqué, lorsque l’on dit MOI, que l’on a tendance à se désigner soi-même en mettant la main sur la poitrine ? On montre le cœur. Le cœur est l’organe qui fait circuler le fluide vital dans tout l’organisme. Si les sens servent à capter les sensations, le cœur, lui, enregistre les sentiments : joie, peur, haine, amour, bonheur, peine, plaisir, souffrance, etc.

Le cœur est le siège des émotions. C’est en lien avec cet organe que se construit le MOI et que se forme la personnalité. Depuis l’enfant jusqu’à l’adulte parvenu à la pleine possession de ses moyens, le MOI représente le dynamisme qui oriente l’organisme vers l’extérieur et le propulse à la conquête du monde. Après la naissance, nous prolongeons donc la ligne du cœur, toujours en respectant la même proportion avant et après la naissance, et nous la désignons comme le MOI.

Parvenu à la connaissance de ses potentialités et de sa fonction sociale — ce qui peut survenir après un nombre d’années variables d’un individu à l’autre —, la personne entre dans une troisième phase dont le siège est la tête et au cours de laquelle s’effectue la croissance de l’esprit. La personne alors se détache graduellement du MOI pour s’ouvrir particulièrement à la vie spirituelle.

Ce ne sont plus les émotions et les ambitions personnelles qui déterminent la démarche de la personne mais la quête de sagesse. Plutôt qu’à tout mettre en œuvre, comme dans le stade antérieur, pour se tailler une place dans le monde, la personne cherche sa raison d’être dans l’univers. Elle se met prioritairement en quête du sens de l’existence. Elle se décentre des visées et des biens terrestres et convoite les richesses célestes de sa destination ultime. Ainsi, elle développe l’esprit.

— Votre description de cette dernière phase de croissance n’est-elle pas exceptionnelle ? Les personnes qui parviennent à une telle croissance sont plutôt clairsemées, me semble-t-il. D’autre part, la dimension spirituelle à laquelle vous faites allusion n’existe-t-elle pas dès l’enfance, et parfois même, à un plus haut degré d’intensité que chez l’adulte ?

— Bien entendu, la réalité n’est pas aussi clairement tranchée et délimitée que ce qu’un graphique peut illustrer. Celui que nous venons d’élaborer ne tient pas compte de l’écoulement du temps. Notre tableau se situe plutôt dans une perspective de durée. Il vise à faire ressortir la structure de croissance vitale d’un être humain parvenu à sa maturité.

Mais une croissance jusqu’au plein épanouissement ne se réalise pas nécessairement chez tous les individus. Elle peut être avortée à tous les moments en raison de facteurs tant intérieurs qu’extérieurs. La mort physique est le facteur extérieur le plus évident qui peut mettre un terme prématuré à la croissance.

Il y a aussi des conditions intérieures qui nuisent ou empêchent la continuité de la croissance. À titre d’exemple, si un individu, pour une raison ou pour une autre, demeure fixé au stade de croissance du corps, le MOI ne pourra que péniblement émerger d’une sensorialité problématique qui aura alors pris la couleur de la sensualité. Il restera enfant.

Encore, si des circonstances poussent une personne à stagner dans sa croissance en se repliant sur le MOI, son esprit pourra difficilement s’ouvrir à la CONSCIENCE d’ÊTRE ; si bien qu’elle pourra finir par exercer une rationalité déviante, en fin de compte instrumentalisée pour justifier les intérêts égocentriques. Quant à la conscience mystique de l’enfant en bas âge, elle s’explique par une sorte de “mémoire” de l’origine non encore obnubilée par l’interférence du MOI.

— Puisque votre graphique représente le déroulement d’une vie dans le temps et que chaque étape de croissance occupe dans la réalité un laps de temps différent, pourquoi avez-vous illustré toutes ces étapes par des valeurs égales ? Le développement initial de l’embryon dure à peine quelques semaines. Dès la quatrième semaine, le cœur se met à battre. À la huitième semaine, sa formation est complétée et le fœtus entre dans la phase du développement des organes internes et externes qui s’étalera sur plusieurs mois. Votre graphique ne tient pas compte de cette asymétrie temporelle. Pourquoi ?

— Il n’y a pas d’incohérence mais une parfaite symétrie si l’on considère l’illustration du point de vue de la durée plutôt que du temps. On pourra mieux le saisir en distinguant ces notions, déjà évoquées antérieurement lors de mes échanges avec Albert.

D’abord le temps. Nous le mesurons en fonction de critères extérieurs. Une rotation de la Terre sur son axe implique une journée que nous divisons en 24 heures de 60 minutes dont chacune comprend 60 secondes ; le parcours de la Terre autour du Soleil équivaut à une année de 365 jours et ¼, subdivisée en quatre saisons.

Ces mesures pourraient être très différentes si les mouvements cosmiques étaient autres. Sur une autre planète que la nôtre, comme Mars, une journée et une année impliquent d’autres laps de temps. Peut-être existe-t-il des civilisations dans d’autres systèmes solaires où les journées sont plus courtes ou plus longues et où, conséquemment, une planète lancée dans l’espace à la même vitesse que notre Terre et à la même distance de son étoile, prend plus ou moins de journées pour accomplir son périple annuel ?

Cela dit pour faire ressortir le côté relatif de nos mesures du temps. Tout en étant rigoureusement objectives, elles sont arbitraires parce que déterminées par des conditions extérieures accidentelles. Notre conception du temps est donc très liée à la matérialité.

Mais il y a dans le temps plus que la mesure de trajectoires planétaires. Le temps représente un écoulement de la réalité, une mouvance dans l’espace qui délaisse derrière ce qui est passé et se porte en avant vers le futur. Ce flot ne souffre aucune discontinuité, aucune rupture. Il est un passage constant, inéluctable qui suit son cours, indépendamment de toute perception subjective. Si bien qu’il nous est difficile d’imaginer qu’il puisse avoir une fin. Nous concevons le temps comme une mouvance unidirectionnelle qui va à l’infini.

Et c’est ici que nous abordons l’autre notion : la durée. Elle n’est pas vécue subjectivement comme un continuum mathématiquement mesurable mais comme un continuum limité par un commencement et une fin. C’est pourquoi on associe principalement cette notion aux organismes vivants pour évoquer, par exemple, la durée d’une vie, d’une espèce. Si la mesure du temps a pour objet l’étalement de la matière dans l’espace, la notion de durée, elle, est concernée par les phénomènes issus de la substance vivante. Le temps est objectif, la durée est subjective. Elle implique l’expérience de la mouvance du PRÉSENT. Elle ne concerne pas le parcours d’un objet dans l’espace, fut-ce notre planète, mais la croissance vitale vécue par chaque sujet.

— Si je vous comprends bien, la durée est à la substance vivante ce que le temps est à la matière ! Mais en pratique, n’associons-nous pas forcément ces deux notions ? Par exemple, l’on dit que la durée d’une personne a été d’un nombre X d’années…

— Remarquez que vous avez dit « a été » ; il était inévitable que vous utilisiez le verbe au passé. Car l’on ne peut chiffrer la durée d’une vie humaine particulière qu’après le décès de la personne. Vous avez pu objectiver la durée d’une vie à partir du moment précis où la personne n’expérimente plus la durée. Mais tant qu’une personne dure, on ne peut chiffrer sa durée car on ne peut prévoir le temps qu’elle durera encore.

Cette imprévisibilité démontre que la durée ne s’évalue pas d’après le temps et s’en distingue fondamentalement. Ce qui ne veut pas dire qu’elle échappe à toute estimation. Elle n’est toutefois pas temporelle et matérielle mais vitale et spirituelle. Nous estimons, par exemple, qu’une personne décédée jeune a eu une fin prématurée. Cette évaluation présuppose l’existence d’une structure vitale qui ne s’est pas réalisée chez la personne, soit l’étape de la maturation.

La substance vivante détient sa propre horloge qui ne dépend pas de manière absolue de l’écoulement du temps objectif. Certes, elle en subit l’influence. Par exemple, en adaptant la croissance au cycle des saisons, comme cela est très visible surtout dans le développement des végétaux.

Le règne végétal rend d’ailleurs visible des étapes de développement des structures vivantes. L’enracinement de la graine, l’émergence de la tige, la production de la fleur, la maturation du fruit constituent des phases de croissance qui peuvent servir de base pour symboliser la durée de la vie, celle de la vie intérieure d’un humain comme celle extérieure d’une plante. Dans mes échanges avec Albert, j’ai précisé comment et pourquoi la substance vivante s’intériorisait dans le règne animal et s’extériorisait dans le règne végétal.

Or, chaque phase de développement est d’une égale importance pour que se boucle le cycle complet d’une vie. L’une n’est ni plus ni moins nécessaire que l’autre. Car l’accès à un nouveau stage de la croissance suppose le développement réussi de la structure antérieure dans laquelle il prend racine. C’est pourquoi, pour en revenir à notre graphique, nous avons illustré toutes les structures que nous avons identifiées, avant et après la naissance, par des lignes d’une égale valeur.

— Tout de même, la différence dans le temps avant et après la naissance est considérable. Neuf mois dans le sein maternel et 90 ans dans le monde. Votre explication peut-elle justifier l’illustration égale des deux côtés du graphique, à droite comme à gauche de la naissance ?

— Albert Einstein se servait d’une comparaison pour faire comprendre sa théorie de la relativité. Une même période temporelle, disait-il, n’avait pas la même valeur pour celui contraint de maintenir sa main sur un poêle brûlant et celui qui jouit de l’agréable compagnie d’une personne. Pour le premier, une minute pouvait paraître une éternité mais pour le deuxième, elle passait le temps d’un clin d’œil. Einstein a utilisé le contraste entre deux expériences — l’une douloureuse, l’autre agréable — pour expliquer sa théorie. La comparaison peut également servir à identifier une variable de la durée.

Ce qui fait la différence entre les deux perceptions temporelles imaginées par le savant, c’est l’expérience subjective. Il n’aurait pu trouver de meilleur exemple pour faire ressortir le facteur d’évaluation, non plus de la relativité du temps objectif mais de l’intensité de la durée vitale. S’il avait orienté son génie du côté de la vie plutôt qu’en direction de la matière, peut-être aurait-il trouvé sur cette base une équation permettant d’identifier des degrés de densité du fluide vital dans les organismes. Car le fluide vital se manifeste avec plus ou moins d’intensité qualitative non seulement entre les diverses espèces et d’un spécimen à l’autre mais à différentes étapes de la vie d’un même organisme.

Peut-être avez-vous déjà pris conscience de l’accélération de la perception du temps avec l’âge ? À mon âge, les années déboulent à une vitesse vertigineuse comparativement à la durée des saisons lors de mes vingt ans. Je me souviens encore, lorsque j’étais écolier, de l’interminable étirement du temps des premières vacances d’été. À mon entrée dans l’adolescence, elles étaient devenues trop courtes. Plus l’on recule dans le passé de sa vie, plus le temps prend de la valeur, plus l’expérience de la durée est intense.

— Qu’est-ce qui explique cette distorsion de la perception subjective de l’écoulement du temps ?

— Cela est dû au fait que toutes les composantes d’un corps jeune sont plus intensément actives. Plus il y a d’énergie vitale libérée, plus l’expérience de la durée est concentrée. On peut mettre en parallèle la rapidité avec laquelle un nouveau-né assimile les données et l’époustouflante densité de l’énergie vitale qui sous-tend un tel rythme.

Et que dire maintenant du développement de l’enfant dans le sein maternel ? La rapidité de la croissance d’un fœtus ou d’un embryon est inversement proportionnelle à la lenteur de la perception subjective de la mouvance temporelle. L’on pourrait, en théorie, créer une équation qui mesurerait la durée — et non pas le temps — en fonction de la vitesse de croissance. L’on pourrait alors constater que neuf mois dans le sein maternel valent 90 ans et plus après la naissance. C’est la renversante induction que notre graphique illustre en attribuant une égale valeur à la durée avant et après la naissance.

Mais ce n’est pas la dernière surprise qu’il garde en réserve pour ceux qui acceptent d’explorer les conséquences logiques de la notion de durée. Considérons encore notre graphique. Que pouvons-nous observer, entre autres ? Que le mot naissance est inscrit au centre de la ligne de base. Ce qui signifie que la durée d’une personne ne commence pas à la naissance, comme nous avons le préjugé de le croire. La naissance est exactement au centre d’une vie entière. Car lors de l’événement de l’irruption d’un nouvel être humain en ce monde, une moitié du périple de sa vie a déjà été franchie !

— Je suis sous le choc d’une conclusion aussi étonnante. L’affirmation que la naissance d’un être humain marque le centre de sa vie, et non le début, va à l’encontre de conventions solidement ancrées dans des millénaires de civilisation. Ce point de vue non-conformiste est aux antipodes du sens commun ?

— Très chère, c’est un fait que la culture actuelle considère la durée de la vie à partir de la naissance. Mais cette tradition n’est ni une vérité scientifique ni une doctrine religieuse. Ce n’est pas la réalité. Toutes les évidences démontrent en effet que la vie d’un être nouveau commence à sa conception. On peut cependant comprendre qu’il serait difficile, et même indiscret en regard du respect dû à l’intimité des personnes, d’organiser la vie sociale en tenant compte du temps de gestation. Ce qui ne corrigerait d’ailleurs pas la situation. Car elle relève du contexte post-édénique dans lequel naît tout être humain.

Cette exclusion de la vie intra-utérine est donc très significative. Elle entraîne des répercussions dans toutes les directions, depuis le regard rationnel que l’homme pose sur la réalité jusqu’au déploiement de l’humanité dans l’Histoire. Pour en identifier la cause, il faut remonter à l’origine. Jusqu’à cet Éden intérieur dont le genre humain s’est expulsé pour s’investir prioritairement dans le monde extérieur. Une erreur de perspective qui a eu et a toujours pour effet d’extirper la conscience humaine de son fondement originel, et conséquemment, de son union au Créateur. Voyez-vous le rapport ? Tout se tient, n’est-ce pas ?

Lorsque j’affirme que la durée de la gestation a la même valeur que le nombre des années après la naissance, je pose la base d’une vérité fondamentale : la connaissance que l’intériorité d’un humain est aussi importante que son développement dans le monde. Or, depuis que le monde est monde, l’homme incline irrésistiblement vers l’extériorité. Non seulement a-t-il tendance à oublier sa Source originelle mais il en vient même à la déconsidérer ou même à en nier l’existence. Sa priorité est d’agir sans tenir compte des exigences de la vie intérieure, obnubilé qu’il est par ses activités dans l’organisation sociale.

Ainsi apprend-il à tout connaître, sauf lui-même. Mené par l’ignorance de son être propre, et après avoir misé toute sa vie sur des valeurs passagères, il se condamne lui-même à un destin absurde et tragique. Celui de s’éteindre sans avoir su tirer de la plénitude de l’ÊTRE, la permanence de la VIE.

— Cette tendance ne serait-elle pas liée à l’inévitable conditionnement de devoir survivre ? La croissance — le développement des sens par exemple — doit se poursuivre après la naissance pour assurer le meilleur contact possible avec l’environnement terrestre. D’ailleurs, la vie intra-utérine ne constitue-t-elle pas une préparation à la vie dans le monde extérieur ?

— Toute la vie du fœtus peut en effet être comprise comme une poussée vers l’extérieur, un dynamisme irrésistible qui aboutit avec une grande force à la naissance. Ce “drive” se poursuit effectivement hors du sein maternel pour en venir à produire, à son terme, un être humain achevé.

Puisqu’il y a continuité entre les deux conditions de vie, l’intérieure et l’extérieure, comment expliquer la forte tendance de l’être humain à ne considérer que l’extériorité ? Le fait de compter la vie à partir de la naissance seulement indique une discontinuité, une rupture de ce qui est avant. C’est le signe que l’intériorité ne fait pas partie de l’inventaire d’une vie de sorte que “n’être pas comptée” se meut irrésistiblement en “ne pas compter”.

Mais un être humain n’existe pas à moitié seulement. Sa vie forme un tout qui comprend tant le développement avant qu’après la naissance. Pour bien marquer cette unité, nous allons faire un nouvel exercice graphique. Il consiste à ramener l’une vers l’autre les pointes de flèches de notre dernier dessin.

Supposons que les lignes par lesquelles nous avons symbolisé tour à tour les sens, le cœur et la tête à gauche, puis le corps, le moi et l’esprit à droite, sont faites d’une matière relativement rigide mais qui peut se plier sans toutefois se rompre. Notre geste de ramener l’une vers l’autre l’extrémité de chaque ligne formera alors des arcs qui produiront ensemble trois cercles excentriques, réunis au point de la naissance. Quant au cercle le plus grand, formé des arcs de la tête et de l’esprit et qui symbolise le parcours au complet d’une vie, il se résout et se soude au point de rencontre de l’origine et du terme.

Et maintenant, derrière cette illustration, dessinons un homme debout. Nous pourrons alors constater qu’à chaque cercle correspond une partie du corps.

Au premier cercle, celui des sens, correspond la section basique, les jambes, les viscères et le sexe. Ce sont des structures spécifiquement adaptées à l’environnement terrestre. Pour survivre en tant qu’espèce, l’homme doit être mobile. Il doit manger et être en mesure de tirer de la matière les éléments susceptibles de combler ses besoins énergétiques. De plus, pour contrer l’inévitable usure de sa structure corporelle et pour faire face à l’éventuelle extinction de son organisme, il doit se reproduire.

Le deuxième cercle, celui formé par l’arc du cœur à l’intérieur et l’arc du MOI à l’extérieur, englobe le torse et les bras. À l’intérieur de la poitrine palpite le cœur, la source de l’agir spécifiquement humain, distinct de l’agir purement animal. Le cœur est ce moteur qui fournit aux mains l’énergie nécessaire pour modifier l’environnement terrestre en vue d’aménager un habitat, un milieu humain de croissance. En construisant le monde, l’homme se construit lui-même. Il se forge un MOI capable de vibrer d’émotions génératrices d’œuvres qui transforment la nature sauvage en un jardin. Ainsi se concrétisent en partie ses aspirations à une jouissance parfaite de l’existence et à une plénitude de vie.

Au troisième cercle correspond à gauche la tête, qui comprend le siège de l’héritage génétique de l’espèce, et, à droite, l’esprit avec ses facultés cognitives. Dans ce cercle, l’homme accède à la conscience d’être. Par son esprit, il dépasse le niveau planétaire pour se hausser au niveau universel. Il ne se nourrit plus seulement de pain terrestre mais de questionnements existentiels et de vérités intemporelles. Ici peut se résoudre son existence. Libéré qu’il devient des appels lancinants des sens ainsi que des exigences égocentriques du MOI, il boucle sa vie dans l’apaisement en retournant là d’où il vient, le lieu de son Origine qu’il retrouve maintenant au terme de son périple.

Voilà l’homme! Nous avons ainsi la figure de l’homme accompli. Notre graphique constitue un portrait hors du temps de l’être humain. Car dans un instant, le temps d’un flash de lumière, la nature humaine apparaît aux yeux non pas du corps mais de l’intelligence. Ici, la perception et la cohérence de la durée d’une vie ne s’écoule pas dans la ligne du temps et de l’espace. Elle se révèle comme structure cohérente au-delà du temps et de l’espace.

J’ai suggéré antérieurement que nous pourrions démontrer l’immortalité de l’âme humaine sans recourir à une suite logique d’arguments rationnels. Eh bien ! cette dernière illustration graphique constitue cette démonstration. Car si l’homme peut connaître sa structure et concevoir son unité hors de tout déroulement temporel, c’est qu’il possède une faculté qui lui permet de se positionner hors du temps et de l’espace. Ce ne peut être que par un principe vital intemporel qu’il peut se concevoir hors de toute référence au temps. Ce principe, c’est l’âme immortelle ! Comme une flamme qui ne peut s’éteindre puisqu’elle tire toute sa lumière du PRÉSENT PERPÉTUEL DE LA VIE.


Résumé par Gemini en 2 parties

Le dynamisme vital et la distinction des organismes

Le dynamisme vital est unique et provient de Dieu, mais il se manifeste différemment selon deux facteurs :

  • La réceptivité : Les organismes sont plus ou moins ouverts à la substance vivante. La complexité de la structure d’un organisme détermine son degré de réceptivité (ex: un chimpanzé est plus réceptif qu’un lombric). La substance vivante ne « crée » pas les espèces de l’extérieur, mais agit de l’intérieur, cherchant à vitaliser la matière au maximum selon les structures existantes.
  • Le niveau : La « Maison de la vie » est une gradation ascendante de niveaux qualitatifs. Chaque niveau est une synthèse du précédent et un nouveau départ. Le passage d’un niveau à l’autre implique un bond qualitatif considérable (ex: unicellulaires aux pluricellulaires, puis à la conscience réfléchie).

La distinction entre l’homme et l’animal

La différence entre l’homme et l’animal ne se limite pas à la structure physique, mais se situe principalement au niveau de la conscience et de la liberté. L’être humain est capable de conscience de soi et de détermination de son comportement, ce qui dépasse le simple besoin d’adaptation biologique. Cette faculté est présentée comme un don de la substance vivante, atteignant le « seuil de la permanence » en chaque être humain.

La permanence et les récits de la Genèse

Le texte suggère que ce « don de permanence » est difficile à démontrer rationnellement mais peut être approché par la foi religieuse. Les deux récits de la Genèse sont interprétés pour éclairer cette vérité :

  • Premier récit (Gn 1, 24-27) :
    • La création des espèces animales par la Terre s’harmonise avec le concept d’évolution biologique, contredisant le créationnisme littéral.
    • La création de l’homme à l’image de Dieu, le même jour que les animaux, suggère ses racines biologiques mais aussi son élévation au-dessus du règne animal.
  • Deuxième récit (Gn 2, 4-23) :
    • Le corps de l’homme est formé de « glaise » (matière) vitalisée. Le « souffle de vie » divin anime l’homme, indiquant que sa vie provient de Dieu.
    • L’homme nomme les animaux, ce qui signifie qu’il reconnaît en eux une partie de lui-même et qu’il en est une synthèse. Aucun animal ne peut être « l’aide assortie » à l’homme.
    • La création de la femme à partir de l’homme symbolise leur même niveau qualitatif.

Ces passages bibliques, combinés, sont interprétés comme la création d’une âme immortelle en chaque être humain, un concept que les philosophes grecs auraient déduit par l’exercice de la raison en accédant à la connaissance de l’Être.

Le texte conclut en affirmant que la permanence de la conscience ne sera pas démontrée par des arguments logiques abstraits, mais par l’étude de la croissance de l’enfant dans le sein maternel, qui révélera la « gabarit de l’intériorité ».

2e partie

Le parcours de la vie : de l’Origine au Terme

Pour comprendre le développement humain dans sa globalité, on peut le visualiser comme un parcours qui commence bien avant la naissance et se poursuit jusqu’à l’achèvement de la vie.

Imaginez une flèche horizontale pointant vers la gauche, symbolisant un mouvement « à rebours du temps » vers l’Origine. Le point de départ de cette flèche, à droite, est la Naissance.

Ce parcours est divisé en trois phases de croissance, non pas successives mais superposées, se développant en parallèle :

  • La ligne des sens (le corps) : Représente le développement des sens avant la naissance, se prolongeant après la naissance par l’acquisition de la coordination, la reconnaissance de l’environnement, l’apprentissage du langage et l’interaction avec le monde extérieur. Cette phase s’étend jusqu’à ce que les organes de communication avec l’extérieur atteignent leur plein développement.
  • La ligne du cœur (le moi) : Correspond au développement du cœur avant la naissance. Après la naissance, elle représente la construction du « moi » et de la personnalité, le siège des émotions (joie, peur, amour, etc.) et le dynamisme qui pousse l’individu à conquérir le monde. Elle s’étend jusqu’à la pleine possession de ses moyens et la connaissance de ses potentialités.
  • La ligne de la tête (l’esprit) : Symbolise l’héritage génétique et le développement initial du cerveau avant la naissance. Après la naissance, elle marque l’entrée dans la phase de croissance de l’esprit, où la personne se détache du « moi » pour s’ouvrir à la vie spirituelle, à la quête de sagesse et au sens de l’existence.

La durée : une perspective au-delà du temps

Le graphique illustre ces trois phases par des lignes de même longueur, avant et après la naissance. Cela ne reflète pas une égalité en termes de temps mesurable (par exemple, 9 mois de gestation contre 90 ans de vie après la naissance), mais une égalité en termes de durée.

  • Le temps est objectif, mesurable par des critères extérieurs (rotations de la Terre, orbites).
  • La durée est subjective, liée à l’expérience vécue de la croissance vitale et des phénomènes de la substance vivante.

Ainsi, la rapidité intense de la croissance fœtale dans le ventre maternel est considérée comme équivalente en durée à la lenteur de la perception subjective du temps après la naissance. Les neuf mois de gestation auraient une valeur en durée équivalente à 90 ans de vie après la naissance, en raison de l’intensité de l’énergie vitale libérée et de la rapidité d’assimilation des données chez le nouveau-né.

La naissance : un centre, pas un début

Un point central de cette réflexion est que la naissance est placée au centre de la ligne de base du graphique. Cela implique que la durée d’une vie humaine ne commence pas à la naissance, mais que la naissance marque la moitié du parcours de vie. Avant cet événement, une part significative du développement est déjà accomplie.

Cette perspective remet en question la convention culturelle qui ne comptabilise la vie qu’à partir de la naissance, soulignant l’importance de la vie intra-utérine et de l’intériorité de l’être humain. Le fait de « ne pas compter » la vie avant la naissance peut entraîner la tendance à « ne pas compter » l’intériorité.

L’homme accompli : un cercle unifié

Pour souligner l’unité de la vie, de l’origine au terme, les flèches du graphique peuvent être repliées l’une vers l’autre, formant trois cercles excentriques qui se rejoignent au point de la naissance. Le plus grand cercle, englobant la tête et l’esprit, se résout et se soude au point de rencontre de l’origine et du terme, symbolisant la complétude.

En superposant une figure humaine à ces cercles, on observe une correspondance entre chaque cercle et une partie du corps, illustrant les fonctions vitales et le développement de l’homme accompli :

  • Premier cercle (sens/corps) : Les jambes, les viscères et le sexe. Lié à la survie, la mobilité, la nutrition et la reproduction, des fonctions adaptées à l’environnement terrestre.
  • Deuxième cercle (cœur/moi) : Le torse et les bras. Siège des émotions, du « moi », et moteur de l’action spécifiquement humaine qui transforme le monde et construit l’individu.
  • Troisième cercle (tête/esprit) : La tête. Siège de l’héritage génétique et des facultés cognitives de l’esprit. L’homme y accède à la conscience d’être, transcende le niveau planétaire pour atteindre l’universel, et trouve le sens de son existence en se détachant des exigences des sens et du « moi », retournant à son Origine au terme de son périple.

Ce graphique représente un portrait intemporel de l’être humain, montrant sa structure cohérente au-delà du temps et de l’espace. La capacité de l’homme à concevoir son unité hors de tout déroulement temporel est la démonstration d’un principe vital intemporel : l’âme immortelle, puisant sa lumière dans le « Présent Perpétuel de la Vie ».


Cette exploration visuelle et conceptuelle du développement humain offre une perspective riche et profonde. Que pensez-vous de cette représentation de l’unité de la vie, de l’origine au terme ?

< article_précédent _____________________________________article_suivant >

La mesure du temps est relative. Nous l’évaluons en fonction de critères extérieurs. Ces mesures pourraient être très différentes si les mouvements cosmiques étaient autres. Sur une autre planète que la nôtre, comme Mars, une journée et une année impliquent d’autres laps de temps.
La mesure du temps a pour objet l’étalement de la matière dans l’espace, la notion de durée, elle, est concernée par les phénomènes issus de la substance vivante. Le temps est objectif, la durée est subjective. Elle concerne la croissance vitale vécue par chaque sujet.
Structure humaine, avant et après la naissance.
Structure humaine unifiée.
Un être humain n’existe pas à moitié seulement. Sa vie forme un tout qui comprend tant le développement avant qu’après la naissance.

Laisser un commentaire