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Albert : Lors de notre dernier entretien, vous avez avancé que la science n’est concernée que par la moitié du réel. L’affirmation me semble énorme. Elle va nettement à l’encontre des courants de pensée moderne. N’assistons-nous pas de nos jours à un élargissement croissant des perspectives scientifiques, entre autres par la création de nouvelles disciplines ? Sur quelle base prétendez-vous soutenir que la science n’embrasserait que la moitié de l’univers ?
– Je m’appuie sur la logique, cher Albert. Suivez mon raisonnement, et vous verrez.
Commençons par une rectification. Pour évoquer la démarche scientifique, nous parlons souvent de la science, au singulier. Mais la science, en fait, n’existe pas. Il n’existe pas une science mais des sciences : la physique, l’astrophysique, la chimie, la géologie, la biologie, la paléontologie, la sociologie, la génétique, etc. Ces sciences visent toutes à découvrir les lois qui sous-tendent la portion de réalité dans laquelle chacune se spécialise. La sociologie s’intéresse à la société, la biologie est concernée par les organismes vivants, la physique étudie la matière, l’astrophysique scrute le cosmos, etc.
Conséquemment, les diverses sciences ne peuvent jeter qu’un regard fragmentaire sur l’univers puisque les connaissances qu’elles en tirent sont limitées par leur perspective particulière. Pour que l’expression “la science” puisse être légitimement utilisée, il faudrait qu’il existe une science positive supérieure aux autres qui les chapeauterait toutes. Une science en mesure d’élaborer une synthèse des connaissances spécialisées afin d’en tirer des conclusions générales dépassant le domaine de chaque science particulière.
Or, une telle science, dans le sens actuel du mot, n’existe pas. Avant l’époque moderne, le mot science (dont l’étymologie signifie connaissance) désignait toutes les formes de savoir, aussi bien la philosophie, la théologie que l’astrologie et même, les disciplines ésotériques comme l’alchimie. La philosophie était alors considérée comme la reine des sciences parce qu’elle est la seule à embrasser toute la réalité. Aujourd’hui, la signification du mot science s’est rétrécie jusqu’à désigner exclusivement les sciences dites positives fondées sur la méthode de recherche expérimentale.
– Serait-ce à dire qu’une synthèse à partir des connaissances scientifiques actuelles ne puisse pas être tentée ?
– Non pas ! Mais il faut se rendre compte que le scientifique qui voudra élaborer une telle synthèse devra délaisser sa discipline pour entrer sur le terrain de la philosophie. C’est-à-dire dans cette sphère de recherche où l’acte de connaissance ne s’appuie pas sur la méthode scientifique expérimentale mais sur la capacité inhérente à la rationalité de parvenir à la connaissance de la vérité.
Prenons un exemple pour mieux saisir l’implication de ce constat. Un scientifique qui affirmerait que “tout est matière” ne pourrait pas légitimement soutenir une telle proposition au nom d’une science particulière. Prisonnières qu’elles sont de leurs perspectives particulière, aucune n’englobe tout. Donc, aucune n’est en mesure de se prononcer sur toute la réalité. Il ne pourrait soutenir cette thèse qu’au nom de ses options philosophiques. C’est-à-dire au nom d’un tout autre ordre de causes que celles générées par la matière, au nom de choix qui lui sont personnels et que vous avez vous-même identifiés, cher Albert, à l’ordre moral.
La proposition que “tout est matière” ne relève pas d’une science positive mais de la philosophie. Elle peut et doit donc être évaluée à son mérite à la lumière de la raison par l’outil que la philosophie privilégie dans sa recherche de la vérité : la logique. Et là, l’affirmation ne pourra pas faire long feu. Parce qu’elle est contradictoire et porte en elle-même sa propre négation. Car s’il fallait admettre que tout est matière, il faudrait faire exception pour l’affirmation elle-même. Donc, tout ne peut pas être matière puisque cette proposition n’est pas elle-même matière.
– Mais pourquoi le processus mental ne serait-il pas matière ? Les instruments scientifiques peuvent détecter l’activité du cerveau et identifier les zones consacrées à la pensée. Ne sommes-nous pas en droit de présumer qu’il existe des ondes, des vibrations, des fluides encore inconnus qui permettront un jour d’expliquer la pensée ? Et même, de prévoir les décisions libres que nous prenons dans la vie.
– Une liberté qui serait conditionnée par les enjeux de la matière serait-elle encore la liberté ? Elle serait une illusion entretenue depuis l’origine par les êtres robotiques que nous serions alors. Elle rendrait absurde et inutile la quête de l’humanité avançant progressivement dans l’Histoire vers un mieux-être qui ne peut se concevoir sans liberté. Progrès, d’ailleurs, qui constitue la raison justificatrice des sciences positives.
– Vous avez là un argument sérieux. Je ne prétendrai pas que les grands objectifs de la quête humaine se limitent à l’appropriation de la richesse matérielle. Ils prennent au moins en partie leur source dans l’ordre moral que nous avons déjà évoqué : les valeurs de justice, de beauté, du bonheur, de la liberté, etc. Cela dit, je m’interroge encore à propos du problème soulevé par “la science”. L’expression me semble faire référence à la méthode expérimentale utilisée par les sciences positives. Cette méthode spécifique ne serait-elle pas elle-même la science générale permettant d’interpréter les données éparses des diverses disciplines scientifiques ?
– La méthode logique par laquelle j’exerce ma rationalité n’est pas la vérité, n’est-ce pas ? Elle n’est qu’un moyen pour l’atteindre. De même, la méthode expérimentale n’est pas la vérité scientifiquement démontrée mais un simple outil pour y accéder. Ce n’est pas la méthode qui compte mais la vérité elle-même, qu’elle soit découverte par le raisonnement du philosophe ou par l’expérience du scientifique.
En ce qui concerne la vérité scientifique, c’est justement en raison de la méthode utilisée pour l’atteindre que j’ai confiné les sciences positives à une moitié de la réalité. Pour discerner les lois universelles, les sciences doivent appréhender la réalité par le nombre, la quantité, la multiplicité des choses. Les lois qu’elles peuvent déduire de leurs enquêtes expriment précisément le dénominateur commun des diverses réalités qui s’étalent devant… La méthode scientifique a besoin de multiplier les expériences pour démontrer que ses hypothèses sont fondées dans la réalité. Le numérique, le quantifiable, c’est son domaine et le fondement de sa démonstration.
Mais parce que la méthode scientifique est ordonnée à la multiplicité, lui échappe une portion de la réalité : celle de l’unité. Les sciences n’ont que faire d’un cas unique. Elles n’en peuvent rien dire. L’unité ne leur sert à rien. Elles ne connaissent aucune méthode pour traiter un événement unique. Et pourtant, la multiplicité ne peut se concevoir s’il n’y a pas d’abord l’unité. L’univers ne pourrait exister si la réalité ne permettait pas d’accéder en premier lieu à l’unité de l’être.
Or, il se trouve que l’unicité est la caractéristique par excellence du phénomène de la vie. Nous l’avons observé aussi bien dans une fourmi que dans un humain. La vie se manifeste toujours sous la forme d’une unité irremplaçable. Voilà pourquoi j’ai affirmé que la vie échappe à la méthode scientifique.
Tout à l’heure, j’ai évoqué « le dénominateur commun des diverses réalités qui s’étalent devant… » C’est à dessein que j’ai laissé la proposition en suspens. Devant qui, pouvons-nous demander ? Devant soi ! Devant la conscience. L’enquête scientifique embrasse toute la réalité… sauf la conscience unitaire qui l’appréhende. Elle n’a absolument rien à dire à propos du personnage d’Albert Einstein. Elle peut certes discuter de ses théories mais elle n’a rien à dire sur sa personnalité profonde, ses motivations, son destin. Elle prétend tout inventorier, tout mesurer mais elle en oublie le réceptacle de cet inventaire.
Le scientifique qui regarde l’univers s’étaler devant lui embrasse tout… sauf celui qui se tient derrière les yeux qui observent, soit sa propre conscience. Il est pourtant évident que la connaissance scientifique ne tient pas en l’air toute seule dans quelque bulle abstraite. Elle doit toujours être assimilée par une conscience. Les livres des bibliothèques ne signifient rien en eux-mêmes s’ils ne sont pas lus et assimilées par des consciences.
Or, une telle conscience, qui se manifeste toujours et invariablement sous l’angle de l’unité de l’être, compte pour la moitié du réel, à tout le moins. Car la connaissance que nous avons de l’univers ne peut exister que dans une conscience qui doit toujours et invariablement être portée par un organisme unique et sans précédent.
Voilà pourquoi notre connaissance de la réalité, pour être totale, doit englober non pas uniquement la connaissance objective du monde dans lequel nous sommes plongés mais tout autant le destin personnel et intérieur de chaque être humain. Destin qui est un sujet de recherche au minimum tout aussi sérieux et grave que l’inventaire cosmique. Ainsi, la connaissance que l’homme peut acquérir du monde de la matière renvoie à la raison d’être de l’homme lui-même.
Les hypothèses les plus avancées de la physique moderne confirment d’ailleurs ce lien entre le connaissant et le connu. La théorie scientifique des quanta soutient que la vérité objective est relative à la position de l’observateur. Les conséquences de cette théorie, en introduisant le sujet dans l’acte d’observation, n’ont pas fini de bouleverser la conception scientifique de la réalité, et même de se réverbérer au-delà. Eh bien ! cher Albert, l’heure est venue pour nous de nous plonger dans l’univers de la philosophie quantique.
– Le rapprochement que vous faites entre la mécanique quantique et la philosophie a de quoi surprendre ! Tout n’a-t-il pas déjà été exploré, au niveau des systèmes de pensée, depuis les derniers millénaires ? En quoi la théorie moderne des quanta peut-elle paver la voie à une nouvelle approche philosophique ?
– La physique quantique soutient entre autres que l’acte d’observation détermine le phénomène observé ; que le tout est contenu dans la partie ; que l’espace, le vide n’existe pas car l’univers est indivisible et sans discontinuité ; que chaque parcelle de la réalité reflète la totalité universelle ; que tout se tient, tant et si bien qu’un infime événement dans le microcosme terrestre a des répercussions dans tout l’univers.
Ce n’est pas mon intention de passer en revue chacune de ces propositions étonnantes. Ce qui retient particulièrement mon attention, c’est le fait que, pour la première fois dans l’histoire des sciences positives, il est démontré que l’observateur et ce qui est observé font partie d’un même système. À lui seul, ce paradigme révolutionne – on ne peut mieux – l’approche scientifique classique.
Cette dernière, en effet, s’appuie sur l’axiome d’un univers perçu comme une entité autonome, indépendamment de tout acte d’observation. Pour connaître objectivement, le scientifique doit s’abstraire de ce qu’il observe, une condition sine qua non de la démarche scientifique. En neutralisant ainsi la subjectivité, il peut créer un “en soi” de connaissances objectives accessibles à tous les esprits rationnels, quels que soient le temps, l’espace, le langage, l’origine qui les caractérisent.
Voilà précisément la bulle mentale que la physique quantique fait voler en éclats. Car, démontre-t-elle, les résultats de l’observation subissent l’influence de l’acte d’observation. Elle déduit cette surprenante thèse du fait que les particules élémentaires ne se révèlent que si elles sont observées. C’est-à-dire qu’elles se comportent comme des particules seulement lorsqu’un physicien, par son expérience, vise à les identifier comme telles. Mais pour celui qui voudrait les analyser sans une telle motivation, les soi-disant particules élémentaires se manifestent comme des ondes en quelque sorte immatérielles, des vibrations, des forces et, en définitive, des potentialités d’existence.
Étrange, n’est-ce pas, un tel fondement de la matière que constituent les particules élémentaires ! À donner le vertige ce constat d’une matière qui fuit dans l’intangible lorsque l’on tente de la saisir dans son fondement. La théorie quantique tire le tapis sous les pieds de la physique classique en faisant planer un doute lancinant sur la tangibilité de son objet. Et si toute la réalité n’était qu’un ballet d’apparences ? Dans la foulée de cette théorie, l’on peut être amené à conclure que l’objectivité est une pure illusion puisque la réalité se conforme à l’intention de celui qui l’appréhende.
D’autre part, ce qui est vrai des particules élémentaires ne devrait-il pas s’appliquer analogiquement au cosmos ? Du microcosme au macrocosme, l’univers n’est-il pas homogène et régi uniformément par les mêmes lois fondamentales ? De sorte que nous pourrions induire de ce constat la question de savoir si l’univers, dans tous ses azimuts, ne découlerait pas de l’acte d’observation d’un grand Observateur ? Un Être transcendant doué d’intentions bien précises et identifié ailleurs par le nom de Créateur !
– N’extrapolez-vous pas abusivement en induisant une telle proposition ? La mécanique quantique n’a pas été élaborée au départ pour discuter de théologie, que je sache !
– Vous avez raison. Mais je puis me permettre de charrier un peu parce que je ne suis pas un scientifique. Je suis un humain qui cherche la vérité par tous les moyens dont il dispose. Et ce faisant, je me comporte en philosophe quantique, si vous me passez l’expression.
Je suis par nature de bonne volonté, un homme optimiste et positif. Ce que je découvre de la réalité demeure marqué par ces dispositions. Je projette dans ma vision de la réalité la sagesse à laquelle je suis parvenu au terme d’un long cheminement. J’anticipe sur des conclusions heureuses ! Et – le croirez-vous – je n’éprouve ni orgueil ni remords à me comporter ainsi.
Car je préconise une approche globalisante de la réalité. Une approche qui révolutionne la pensée, tout comme la théorie quantique révolutionne l’approche scientifique, en tenant compte du fait que JE SUIS, que j’existe en tant que conscience dans la recherche de la vérité.
Vous savez, cher Albert, la perspective objective sur la réalité n’est pas l’apanage exclusif des sciences positives. Elle est une attitude spontanée de l’esprit humain. L’histoire millénaire de la philosophie en est profondément marquée. Cette approche dans la culture occidentale consiste, sauf exception, à considérer la réalité d’un point de vue exclusivement extérieur. En réponse à la question Qu’est-ce que le réel ? elle conduira à rendre compte de ce qui s’étale devant soi. De raisonnements en syllogismes, de déductions logiques en constats de faits, elle construira ainsi une pensée, élaborera un système qui lui permettra de tracer son chemin de vérité dans le monde objectif.
Ce point de vue est légitime mais partiel, il est incomplet. Il n’englobe pas toute la réalité car il oublie celui qui l’appréhende. En considérant l’univers comme un objet en soi qui tient en l’air tout seul, il ne rend pas compte du fait que cet objet ne peut se manifester comme tel que par le médium d’une conscience. Il est pourtant clair qu’aucune personne n’a le pouvoir de s’extraire physiquement de l’univers pour pouvoir le considérer comme un tout de l’extérieur. C’est là une position que l’on pourrait dire de prérogative divine.
J’admets pourtant que la raison peut légitimement détenir un tel pouvoir d’abstraction. Mais ce ne devrait pas être sans reconnaître les limites d’une telle perspective. Nous ne sommes pas des dieux même si nous sommes capables d’abstraction comme eux au point de faire de l’univers un objet dont nous serions exclus.
La situation réaliste de la personne humaine face à la réalité universelle, ce n’est pas de se placer au dehors de ce qu’elle appréhende mais dedans. Nous ne sommes pas des esprits purs mais des êtres vivants faits de chair, plongés dans la réalité. Nous sommes entourés par le cosmos comme un enfant dans l’utérus de sa mère. Nous nageons dans la réalité comme dans le liquide amniotique du fœtus. En vérité, nous ne sommes pas encore nés. Et tant que nous ne reconnaissons pas notre véritable situation, nous ne pouvons pas accéder à la vérité universelle.
– Permettez que je vous arrête dans votre lancée un tantinet lyrique. Vous semblez concevoir le monde objectif comme un phénomène qui n’a pas d’existence en soi. Il dépendrait de l’appréhension subjective d’une conscience. Je ne vois rien de nouveau dans votre proposition d’élaborer un système philosophique sur cette base. N’a-t-on pas déjà fait le tour de toutes les formes de subjectivisme ? Votre effort ne constituerait-il pas une tentative pour donner une couleur moderne à l’antique idéalisme ?
– Cher Albert, votre interprétation trahit ma pensée. J’admettrai à votre décharge que la nuance est subtile. Il faut porter une attention très particulière pour la saisir. Comprenez-moi bien ! Je n’affirme pas que le monde objectif n’a pas d’existence en soi en sorte qu’il aurait besoin qu’une conscience l’appréhende pour surgir comme par magie du néant. Je dis seulement que ce monde n’existe pas en tant que connaissance sans l’appréhension d’une conscience. Et lorsque nous discutons entre nous, nous nous situons dans le monde de la connaissance et non au niveau de la réalité brute, n’est-ce pas ?
Or, l’acte de connaître objectivement est déterminé par l’abstraction de celui qui connaît. La condition de l’objectivité exclut d’emblée l’être connaissant. Celui qui connaît objectivement peut prétendre tout connaître… sauf lui-même. Ce constat n’implique pas qu’il soit impossible ou illégitime de connaître objectivement les phénomènes extérieurs. Il oblige seulement à reconnaître que cette connaissance est partielle et relative, qu’elle n’englobe pas la totalité du réel.
– D’accord ! Mais comment parvenir à cette totalité ? Je n’arrive pas à imaginer la route à suivre pour embrasser le tout de la réalité telle que vous la concevez.
– L’abordage du long chemin qui se présente ici commence par une prise de conscience de l’être en soi. Chacun doit éprouver sa propre conscience pour puiser éventuellement dans les inépuisables richesses de l’être. Car à la question Qu’est-ce que le réel ? il faut répondre par un paradoxe et parcourir en même temps deux pistes qui s’étalent dans des directions opposées. Il s’agit d’affirmer avec la même force et du même souffle, et la conscience d’être, et l’existence du monde extérieur. J’exprime cet éveil de la conscience à toute la réalité par l’axiome suivant : JE SUIS DANS LE MONDE.
– Je ne comprends pas l’implication d’une telle évidence. Vous n’êtes qu’un exemplaire parmi les milliards de consciences qui existent ou ont existé sur la Terre. Et il y en aura des milliards d’autres dans l’avenir qui pourront tous dire comme vous qu’ils existent dans le monde.
– Mais je suis unique, cher ami. Je suis le seul à avoir la conscience que j’ai avec tout ce qu’elle transporte d’événements, de particularités, de caractères qui m’identifient. Je suis le seul à être capable d’éprouver l’être que je suis. Je suis le seul à être en mesure d’assumer mon propre destin.
De même, vous êtes le seul à pouvoir éprouver l’être que vous êtes. Je ne puis éprouver l’être que vous êtes à votre place ni à la place d’aucune autre personne. Chacun doit l’éprouver pour soi. Le JE SUIS du postulat vise donc à rendre compte de la conscience de soi. Il ne conviendrait pas de dire : tu es… il est… nous sommes… vous êtes… ils sont dans le monde. En rapport à la connaissance, cela ne servirait à rien ! Plutôt JE SUIS pour affirmer implicitement le caractère unique, sans précédent, inaltérable, impénétrable de la conscience d’être.
Voilà un axiome d’une énorme conséquence. Considérons-le brièvement dans chacune de ses parties avant de nous plonger dans les replis de la profondeur du réel. D’abord le monde.
Le monde dont il s’agit, c’est tout ce qui est extérieur à la conscience. Ce qui est hors de l’être que je suis. Soit, le monde objectif. C’est tout un pan de la réalité sur laquelle s’ouvre mes sens et dont j’éprouve la tangibilité par le toucher, par cette perception de la résistance des choses concrètes qui s’étalent de toutes parts autour de moi. J’ai prise sur ce monde extérieur et peux le connaître par l’observation de la matière dont il est formé.
– Serait-ce en raison de sa connotation religieuse ? Le mot monde me cause un malaise. Ne vaudrait-il pas mieux utiliser le terme univers ?
– Je préfère réserver ce terme pour exprimer la réalité tout entière. C’est-à-dire que je considère véritablement universel ce qui englobe dans une même approche tant la matérialité du monde extérieur que la dimension ontologique de la conscience. Voilà pourquoi le substantif “monde” convient mieux à mon axiome de départ. Il rend compte de tout ce qui est hors de la conscience. Il confirme un abordage de la réalité par l’extérieur, par le côté mesurable, quantifiable, analysable, dissécable, etc.
Tandis que JE SUIS vient rendre compte de l’intériorité. Les choses ne sont pas qu’extérieures. Elles ont aussi un intérieur auquel j’ai accès par un éveil de ma conscience. JE SUIS en est la porte d’accès. C’est l’entrée dans une autre dimension, aussi vaste et insondable que le monde extérieur. Dimension morale de l’être, de la vie, de la beauté, de la qualité, de l’unité, de la valeur, de la subjectivité, etc.
Voilà les deux pôles du grand paradoxe. D’un côté, le monde extérieur, de l’autre, le monde intérieur. Deux routes contraires. Laquelle choisir ? Vais-je plonger dans le monde pour en prouver la matérialité ou explorer la profondeur de l’être pour en éprouver la spiritualité (non-matérialité) ? La réalité universelle réclame d’embrasser les deux pôles en même temps. Comment cela est-il possible ? C’est en nos personnes que cette antinomie peut se résoudre. En bout de piste, elle suscite en chacun l’éveil de la conscience pour assumer jusqu’au bout la responsabilité d’être au monde.
JE SUIS DANS LE MONDE. J’embrasse les deux voies divergentes. Non comme deux phénomènes indépendants, deux mondes parallèles, deux entités qui ne coïncideraient jamais. Mais comme deux chemins irréductibles qui se croisent fortuitement sans plus jamais pouvoir se dissocier. JE SUIS DEDANS… Je vis le paradoxe d’être plongé dans la matière du monde. Je vis le mystère de l’être dans un monde où la matière fait peser son poids sur ma vie. JE SUIS ! Il ne suffit pas de le déclarer intellectuellement. Il faut le vivre ! Il faut éveiller la conscience pour découvrir la dimension de l’être. JE SUIS ! N’est-ce pas étonnant ? Pourquoi suis-je ? Est-ce que je pourrais ne pas être ? D’où me vient l’être ?
Des questions qui ne peuvent susciter d’autre réaction que l’émerveillement. Le constat d’être est une expérience exaltante, essentiellement positive. Il s’agit d’une affirmation absolue, qui ne tolère ni la négation ni l’ombre d’un doute. Car douter de l’être équivaudrait à se nier soi-même. Et comment pourrait-on nier sa propre existence sinon en existant d’abord ? JE SUIS, et rien au monde ne peut faire que je ne sois pas. Aucune puissance extérieure n’a le pouvoir de radier l’être en moi.
– L’on pourrait vous tuer. Vous pourriez perdre la vie. Un jour, vous mourrez. Vous perdrez l’être, n’est-ce pas ?
– Lorsque j’affirme que je suis, je ne garantis pas que je serai demain. Je n’anticipe pas sur l’avenir. JE SUIS AU PRÉSENT. L’être s’expérimente toujours au présent. C’est même là l’une de ses caractéristiques essentielles. La vie et l’être ne s’expérimentent ni au futur, ni au passé. Être implique nécessairement le présent et le présent seulement. C’est toujours dans le maintenant, à l’instant même que je puis dire que je suis.
Si je dis que j’étais ou que je serai, ce sera en faisant appel à ma mémoire ou par une projection de mon imagination. Mais le souvenir du passé ou l’anticipation du futur ne sont pas des expériences du même ordre que la conscience d’être. “J’étais” ou “je serai” impliquent nécessairement l’oubli du présent, et donc, la perte de contact avec la conscience “expérientielle” d’être en soi.
– Mais où ces considérations peuvent-elles nous mener ? En quoi peuvent-elles affecter notre perception de la réalité ?
– Elles sont capitales, cher ami. Avez-vous déjà remarqué que les sciences positives ne sont concernées que par le passé ? En se confrontant au monde extérieur, elles mesurent exclusivement ce qui est révolu. Ce fait est illustré d’une manière spectaculaire par les astrophysiciens qui scrutent le cosmos aussi loin dans le passé qu’ils peuvent pour en découvrir toujours davantage sur les origines. Lorsqu’ils étudient une étoile située, disons à cent millions d’années-lumière de la Terre, ils ne la voient pas dans son état actuel mais dans l’état où elle était, il y a cent millions d’années. Ce laps de temps représente la durée du voyage de l’image lumineuse dans l’espace sidéral pour parvenir jusqu’à nous. L’étoile en question a pu éclater entre temps. Peut-être n’existe-t-elle plus aujourd’hui. Les scientifiques ne peuvent absolument rien dire sur son état présent.
Certes, ils peuvent faire de savantes extrapolations pour prévoir son parcours mais ils n’ont aucune certitude que ces calculs de probabilités se seront réalisés dans cette étoile particulière. Un accident imprévu aura pu la faire dévier de sa course ou provoquer son explosion. Étrange, tout de même, la situation de ces savants ! Ils doivent “prédire” le présent de l’étoile dont l’image de son état actuel ne nous parviendra pas avant un autre cent millions d’années !
Un autre exemple remarquable du fait que les sciences positives considèrent le passé des choses se trouve en paléontologie. On recherche les fossiles les plus anciens pour comprendre l’évolution des espèces. L’anthropologue quant à lui étudie les ossements humains de la préhistoire. Les sépultures plus récentes de l’homme moderne n’ont pas de pertinence pour sa recherche. Nous pourrions considérer les sciences les unes après les autres. Il nous faudrait constater que toutes portent leur regard sur le passé des choses.
Les sciences ne connaissent pas le présent. Elles l’ignorent et ne sauraient qu’en faire tout comme elles ne savent que faire d’un cas unique. Elles ne posent d’ailleurs pas la question de savoir de quoi le présent est fait. C’est une question qui ne vient pas à l’esprit du scientifique parce qu’il est tenu, comme condition de sa démarche, de s’abstraire en tant que sujet connaissant. Le savant est cantonné au passé. Un passé d’autant plus lointain qu’il pénètre plus avant pour connaître le monde. Plus il avance dans la connaissance, plus il s’enfonce dans le passé du monde.
– Avancer, c’est comme reculer. Faudrait-il induire de ce paradoxe que si l’humanité évolue grâce aux sciences, c’est vers le passé et non vers le futur ?
– Si le progrès humain consiste à en savoir de plus en plus sur ce qui est posé devant la conscience humaine, votre boutade est rigoureusement exacte. Remarquez que je dis “si” et que je souligne le mot “devant”. J’utilise le conditionnel pour tenir compte d’un postulat de votre induction à l’effet que le progrès de l’humanité serait nécessairement lié au développement du savoir. C’est-à-dire au cumul de ce type de connaissances caractérisées par l’approche extérieure de la réalité et orientées exclusivement vers ce qui est posé devant la conscience.
Il est bien entendu que je ne partage pas entièrement ce point de vue même si je peux reconnaître que les sciences jouent un rôle dans l’évolution. Nous en viendrons éventuellement à considérer d’autres facteurs décisifs du progrès de l’humanité. Pour le moment, constatons simplement que plus nous avançons devant nous, plus nous reculons dans le passé. Plus nous voulons découvrir profondément la réalité extérieure, plus nous plongeons vers l’origine du monde terrestre et, finalement, vers l’origine du cosmos.
– Ce constat est bouleversant ! J’en ressens un certain vertige, une insécurité face à un monde qui semble s’évanouir dans la nuit des temps…
– Il y a plus encore. Ce regard sur le passé que les scientifiques posent sur les choses s’applique plus généralement encore à la perception que nous avons du monde. Si bien que devant nos sens, devant notre raison ou devant les instruments que nous inventons pour saisir le monde qui nous entoure, c’est toujours la réalité déjà révolue que nous atteignons. Donc, la marque passée des choses.
Ce retard sur la réalité présente est un effet de notre condition humaine. Nous sommes d’une espèce dont la structure impose de passer obligatoirement par les sens pour appréhender le monde extérieur. Nos sens sont des ouvertures sur le monde, n’est-ce pas ? Ce sont des points de contact avec l’extérieur de soi.
Considérons que le flot d’événements et de choses que nous appréhendons par ces fenêtres fuit rétroactivement dans le temps à mesure que nous plongeons dans la profondeur qui s’étale devant notre conscience. Dès l’instant où nous enregistrons un événement par nos sens, il n’est déjà plus dans le même état. Il est dépassé, sa position accidentelle étant modifiée à chaque instant par le temps et l’espace. Quelle position séquentielle du mouvement de la feuille agitée par le vent pourrait-on figer dans le présent ? Dans le monde extérieur à la conscience, le présent est comme un fugitif, un fantôme qui s’évanouit en ne laissant dans le passé que les traces évanescentes de son passage.
Par quel autre exemple pourrions-nous illustrer cette intuition ? Prenons votre dernier commentaire. N’est-il pas déjà chose du passé ? De toute évidence, il s’est écoulé un espace de temps depuis que vous l’avez formulé. Une période temporelle au cours de laquelle j’ai eu le loisir d’émettre des observations. Même au moment où vous avez exprimé votre pensée, ce que vous avez dit à votre présent à vous a été perçu par moi au passé. Car il s’est écoulé un laps de temps entre votre parole et la réception que j’en ai eue. Un délai dû au fait que les mots que vous avez prononcés se sont traduits en vibrations sonores qui ont voyagé dans l’espace jusqu’à mes oreilles. De là, mon cerveau a dû travailler rapidement pour associer les phonèmes à des significations afin de saisir votre pensée. Ce délai a fait que j’ai pu accuser réception de votre propos en retard sur vous.
Aussi infinitésimal soit-il, un décalage existe également entre ce que je vous dis en ce moment même et ce que vous entendez. Si nous augmentions l’espace qui nous sépare, le temps que prendrait la communication augmenterait proportionnellement. À l’autre bout de la Terre, le décalage pourrait même se percevoir grâce aux moyens de communication les plus efficaces. Et si vous étiez installé quelque part sur un système planétaire de la galaxie d’Andromède, j’aurais sûrement le temps de mourir avant que vous ayez pu m’entendre. Cet exemple illustre bien que l’immédiateté échappe à l’acte de percevoir. Nous ne captons forcément par nos sens que le passé, que l’image ou l’effet de ce qui est déjà révolu.
– Puisque les perceptions sensorielles n’autorisent qu’une communication avec le passé, par quel moyen peut-on parvenir à saisir la réalité globale ? Comment peut-on englober dans un même acte le présent de la conscience et le passé du monde ?
– Nous avons déjà observé que la conscience peut s’éveiller à l’être au présent seulement. JE SUIS, c’est le présent. La conscience et le moment présent coïncident parfaitement. Ils sont indissociables. Je ne peux prendre conscience que je suis sans en même temps coïncider avec le présent.
Considérons donc la réalité dans cette totalité qui englobe tant le monde extérieur déjà dépassé dans le temps que la conscience d’être au présent. Nous pouvons alors visionner le monde de l’espace-temps comme un entonnoir dont toutes les lignes du cône convergent jusqu’au présent de la conscience. Plus je contemple les réalités lointaines, plus l’envergure de ce que je perçois s’étale largement vers le passé cosmique. Au contraire, si je considère les réalités plus immédiates, les frontières de ma perception se rétrécissent de plus en plus en se rapprochant dans le temps de manière à m’inciter, en dernière instance, à prendre conscience du présent.
Vu dans cette perspective, le monde peut s’interpréter comme un signe. Il apparaît comme un doigt pointé – depuis le plus lointain passé des origines jusqu’au banal quotidien qui passe sans laisser de traces, semble-t-il – en direction de la conscience pour la charger du présent cosmique. Cette image m’inspire un raccourci saisissant. À savoir que le cosmos présent et immédiat, ce n’est pas avec des télescopes qu’il faut le chercher, c’est en chacun. C’est en sa conscience qu’on peut le découvrir. Et, en corollaire, le destin de l’univers, ce n’est pas par la connaissance scientifique que l’on peut l’anticiper mais bien en passant par l’axe d’une conscience qui interpelle la liberté de chacun. Le présent et le devenir de l’univers, c’est nous !
– Voilà une approche anthropocentrique nouveau genre… Seriez-vous en train de me dire que le monde dépend de la conscience humaine pour exister ?
– Bien sûr que non ! Comprenez-moi bien ! Je ne soutiens pas que le monde n’existe pas au présent mais seulement que la perception que nous pouvons en avoir est chose dépassée dans le temps. Le fait que le monde nous renvoie une image du passé ne signifie pas qu’il cesse d’exister au moment où nous prenons conscience de nous-mêmes au présent. Bien entendu, le cosmos existe indépendamment du JE. Toutefois, nous ne pouvons pas coïncider avec le présent sans passer par l’axe intérieur de la conscience.
S’il existe d’autres consciences réfléchies ou rationnelles que les nôtres ailleurs sur d’autres planètes gravitant autour d’autres étoiles que notre Soleil, il en serait de même pour elles. En autant, bien sûr, que ces créatures soient dotées comme nous de sens – quelles que soient leurs formes – pour appréhender le monde extérieur. Eh bien ! ces consciences extra-terrestres – qu’elles aient existé dans un lointain passé cosmique ou qu’elles existent un jour dans les replis non encore déployés du devenir – seraient chargées comme nous du présent cosmique. Car le seul accès qu’elles pourraient avoir au présent serait, comme pour nous, par la conscience d’être.
– Ces extra-terrestres pourraient être très différents sur le plan biologique mais ils ne pourraient être autrement que nous au niveau de la conscience ?
– Ils ne pourraient être différents en ce qu’ils partageraient avec nous une même conscience du présent et un même rapport de cette conscience au monde extérieur. De sorte qu’ils seraient identiques à nous par une même structure fondamentale de connaissance. Car la conscience et la connaissance sont intimement liées.
Souvenons-nous qu’en physique quantique, l’observateur et ce qu’il observe font partie d’un même système. Il en est de même en philosophie quantique. Au regard de la connaissance, la conscience du présent est d’une égale importance à l’appréhension du monde. La conscience du présent est une donnée fondamentale de la réalité. Elle est le gabarit de la connaissance, dont on oublie plus souvent qu’autrement de tenir compte.
La conscience est en quelque sorte un point fixe dans un monde où s’entrecroisent des réalités sans cesse mouvantes. Sans un tel cran d’arrêt, l’intelligence ne pourrait rien tirer de la danse incessante des choses dans le temps. Sans cette immobilité de l’être au présent, que nous en soyons conscients ou non, nous n’aurions aucun point d’appui pour transcender par des connaissances la spirale de l’espace et du temps dans laquelle s’engouffrent les réalités extérieures.
Prenons la table que voilà. Selon toute l’apparence, elle est fixe, elle est stable. Elle demeure dans la position où je l’ai laissée lors de l’aménagement de mon bureau. Et pourtant, si je prenais assez de recul pour l’observer au niveau planétaire, je pourrais constater qu’elle poursuit un périple illimité. Celui de la Terre qui tourne sur son axe à 1600 kilomètres à l’heure. Si je reculais encore pour l’observer à l’échelle du système solaire, je pourrais constater qu’elle voyage autour du Soleil à la vitesse de 30 kilomètres à la seconde. Un nouveau recul et je verrais notre Soleil l’entraîner dans sa course vertigineuse autour du centre de la Voie lactée, qui l’emporterait à son tour autour du centre gravitationnel de notre groupe immédiat de galaxies, elles-mêmes propulsées vers des confins inimaginables d’un cosmos en expansion constante.
Cette table me donne le vertige ! Elle voyage beaucoup même si elle donne l’impression de la stabilité. En fait, elle ne reste jamais en place comme d’ailleurs tout ce qui existe dans la réalité extérieure. Nos corps eux-mêmes sont emportés dans ce ballet incessant. Seule la conscience reste immobile au milieu de la vélocité tous azimuts des choses. Elle témoigne d’un tout autre ordre que celui de la matière. Cette faculté a le pouvoir, en transcendant le temps et l’espace, de figer les réalités pour en déduire les lois qui les gouvernent.
– Mais en pratique, qu’est-ce que ça change ? Qu’est-ce que la philosophie quantique vient nous apprendre que nous ne sachions déjà ?
– Plutôt que de nous apprendre quelque chose de précis, elle nous lance sur une piste. Elle nous ouvre à une perspective insoupçonnée de recherche. Elle nous fait découvrir une dimension négligée, évacuée de la réalité quand cette dimension n’est pas carrément niée.
La conscience d’être est la porte d’entrée de la dimension intérieure de la réalité. La réalité n’est pas unidirectionnelle. Elle n’est pas pure objectivité. Elle n’est pas qu’extériorité. Elle se déploie en deux directions contraires. L’extériorité et l’intériorité. Elle comprend donc la subjectivité. La philosophie quantique, en plus de reconnaître la valeur de l’appréhension objective de la réalité, pratique une ouverture sur la dimension intérieure et l’intègre à sa vision. En même temps qu’elle se situe au présent devant le flot continu de l’espace et du temps, elle pose la question du devenir. Elle interpelle et responsabilise.
Par exemple, elle s’adresse à vous en particulier, Albert, et vous pose des questions. Qui êtes-vous ? Que devenez-vous ? Où allez-vous ? Voici que la philosophie quantique ne se contente pas de la description de votre corps, de vos organes, de la chimie de votre fonctionnement comme être biologique. Car pour embrasser tout le réel de votre existence, pour rendre compte du fait que vous soyez au monde, elle ira jusqu’à vous interpeller sur votre destin.
La vérité à laquelle vous donne accès la philosophie quantique ne vous laissera pas indifférent. Elle n’est ni neutre ni aseptique. Elle vous fera voir la réalité du monde au travers du rôle que vous pouvez y jouer. Mieux, elle vous fera considérer le réel à la lumière de l’intention qui vous anime et la destination de votre démarche, vous, un être en devenir, un être de liberté. De sorte que l’univers pourra devenir pour vous ce vers quoi vous vous destinez.
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2 réponses à “7- La philosophie quantique”
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Cette présentation de la philosophie “quantique” ou “réaliste” comme la qualifie son auteur, est fondamentale. L’article expose la double base pouvant rendre compte de toute la réalité, soit le monde objectif de la matière et la dimension subjective de l’être. Il s’agit en définitive d’éprouver la fixité de l’ÊTRE dans un monde instable, accidentel, en mouvance perpétuelle. Le “JE SUIS DANS LE MONDE” constitue une invitation à prendre conscience du mystère spirituel de l’ÊTRE intérieur plongé dans un MONDE extérieur réduit à la matérialité. L’accent est mis sur la conscience d’être : une expérience qui ne se prouve pas mais s’éprouve chacun pour soi-même. À noter également le caractère absolu de JE SUIS. Une affirmation incontestable, irrévocable, absolument positive, sans l’ombre d’un doute, sans possibilité de négation ou de contestation.
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Ce chapitre très dense mériterait un 15 heures d’étude intensive pour un éventuel « groupe d’étude Paul Bouchard » !
Pour l’aborder sereinement, il faudrait au moins y insérer un lexique. Est-ce que le rapport entre l’intériorité de la conscience et l’extériorité du monde est le même qu’entre la vie et la matière. Car on pense de ce dernier rapport (de l’entretien précédent) au second, par une série de relations dont la logique n’est pas toujours facile à suivre.
Évidemment, comme je l’ai souvent mentionné, l’auteur a des comptes à régler. Nous en avons tous. Mais comme je ne mène pas le même combat que lui, je trouve toujours agaçant de le voir dénoncer des choses au lieu de simplement exposer son point de vue.
Ceci étant dit, le sujet abordé est super intéressant, et l’approche, encore une fois, assez originale.
Je joins un commentaire laissé par mon beau frère Gervais à la page 89: « Notre relation avec l’Esprit qui nous habite (conscience) insuffle à notre jouissance du monde une juste mesure, la juste approche. L’impulsion initiale va de l’intériorité vers l’extériorité et non pas le contraire ».
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