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Ève : Vous soutenez que la naissance traumatise psychiquement le nouveau-né à un point tel que le développement ultérieur de l’adulte s’accomplit en rupture d’intériorité. Vous avez de plus fait allusion à de « profondes répercussions » que le choc de la naissance peut avoir « sur l’approche thérapeutique et spirituelle de la subjectivité ». Ne serait-il pas possible d’éviter ce choc ?
— La naissance est un événement central qu’on doit entourer des plus grands soins et célébrer joyeusement en l’enveloppant de chaleur, d’amour et d’humanité. Souvenons-nous qu’au plan de la durée vitale, l’enfant ne naît pas au début de son existence mais au milieu. À son arrivée dans le monde, le petit de l’espèce humaine a déjà accompli tout un périple qui lui confère une dignité et une valeur inestimables. Il est porteur d’un immense héritage biologique. Son développement dans le sein maternel lui a fait parcourir l’admirable courbe ascendante de la substance vivante et récapituler toutes les étapes de l’évolution depuis l’origine de la vie sur la Terre jusqu’à l’émergence de l’humanité.
On peut se désoler que tout nouveau-né ait eu à souffrir pour naître. Mais l’enfantement de l’humanité par l’évolution n’a pas été facile non plus. Les progrès de la substance vivante dans son parcours ascendant se sont heurtés parfois à des limites qui n’ont pu être surmontées sans sacrifices et sans souffrance. On peut dire que les douleurs du bébé et de sa mère participent à cet enfantement de la vie en quête de plénitude.
— Mais ne peut-on pas faire quelque chose pour court-circuiter le choc de la naissance en intervenant pour éviter la douleur ?
— Toutes les interventions bienveillantes, médicales et autres, peuvent certes contribuer à adoucir le traumatisme de la naissance. On doit comprendre qu’elles l’atténuent mais ne l’éliminent pas. Car elles agissent sur l’effet et non sur la cause. Elles sont comme un analgésique qui engourdit le mal sans le guérir. La raison en est qu’elles procèdent nécessairement par l’extérieur. Elles n’agissent pas sur l’intériorité. Elles ne modifient pas ce qui est déjà structuré. Conséquemment, elles ne peuvent pas prévenir, ou colmater après coup, le fossé psychique entre l’intériorité profonde et l’extériorité.
La guérison de cette déficience supposerait qu’on aurait su l’extirper jusqu’à la racine. Or, d’où part-elle ? Où commence-t-elle ? Si, pour l’humanité dans son ensemble, cette fissure remonte à la chute du premier couple, pour chaque être humain en particulier, elle part de la conception. Ici, l’origine de notre espèce et la conception de chaque spécimen humain se rejoignent et se définissent l’une par l’autre. Ce sont comme deux volets d’un même événement. On pourra mieux le comprendre si l’on conçoit le traumatisme de la naissance comme l’effet d’un mouvement qui s’étale durant toute la durée de la vie intra-utérine. Il s’agit d’une chute qui s’amorce à la conception et se termine par la naissance.
Imaginons qu’à partir de la conception, l’esprit d’un être nouveau — l’âme — entreprend un long voyage. Un périple qui s’avère en fait à être une descente graduelle de niveau. Au départ, l’esprit est pleinement vivant. Il est fait d’une substance aérienne, lumineuse, subtile. Il est d’une simplicité absolue, d’une pureté sans faille. Or, cet esprit doit descendre de sa hauteur spirituelle initiale pour assumer les éléments de la matière afin de se donner les organes d’un corps. Parti du Ciel, il se rapproche de plus en plus rapidement de la Terre. La naissance, pour un esprit provenant du Ciel, c’est la piste d’atterrissage sur notre planète.
— La chute originelle serait causée par l’incarnation de la partie spirituelle de l’être humain ?
— Soyons ici particulièrement attentifs. Un jugement hâtif peut avoir un effet radical sur notre conception de la réalité. Il peut faire la différence entre la lumière et les ténèbres, entre le sens et le non-sens, entre la vérité et le mensonge. Car il peut conduire à faire porter la responsabilité du mal sur Dieu. Ce qui contredirait les affirmations de la Genèse et justifierait le discours du tentateur incitant le premier couple à la désobéissance (Gn 3, 4-5).
On ne doit pas associer l’incarnation de l’esprit dans la chair et la faute originelle. L’incarnation n’est pas la cause de la chute. Car Dieu a voulu l’union de l’esprit et de la matière. Nous avons maintes fois souligné que le Créateur, selon la Genèse, a modelé le corps d’Adam avec de la matière inerte et lui a insufflé une vie provenant de Sa bouche même. Une vie immortelle — l’âme — dans un corps dégradable. Et après avoir créé cette œuvre, il « vit tout ce qu’il avait fait: cela était très bon » (Gn 1, 31).
Clairement, le mal ne provient pas du Créateur. Il a été introduit dans l’humanité après coup. Comment ? La Bible fait allusion à un mystérieux personnage qui se glisse sournoisement comme un serpent entre les arbres de l’Éden intérieur. Ce mal fait que l’esprit de chaque être humain, en s’incarnant dans un corps, se détourne de l’Esprit de Dieu, de sorte que l’entrée dans le monde extérieur se produit brutalement. L’atterrissage aurait pu se faire en douceur. Il est violent parce que le lien de la relation confiante au Créateur a été coupé dès la conception. Ainsi, la descente dans la chair s’est transformée en chute et la venue au monde en traumatisme.
— Mais comment pouvons-nous être responsables de cette rupture alors que nous sommes inconscients aussi bien de notre conception que de notre naissance ?
— Nous ne sommes pas individuellement responsables de cette condition. Qui l’est, alors, demanderez-vous ? Si l’on s’en tient à ce qu’en dit la Bible, il faut croire qu’à l’origine de notre espèce, un choix libre a été fait. Pourquoi et comment, objectivement et historiquement parlant, ce choix s’est-il répercuté sur toute l’humanité ? Je pense finalement qu’il ne nous est pas plus possible de le savoir que de comprendre comment notre âme s’est séparée de Dieu en s’incarnant. C’est un mystère qu’on ne parviendra jamais à résoudre scientifiquement ou philosophiquement parce que nous ne disposons pas de la plateforme spirituelle permettant de jauger les réalités célestes. Nous n’avons pas d’autre possibilité que de nous en tenir à l’éclairage que projettent les récits imagés de la Genèse à ce propos.
— Ne quittons-nous pas ici le domaine de la recherche rationnelle de la vérité pour nous engager dans une perspective de croyance qui pourrait fort bien tenir du délire ?
— Très chère Ève, nous sommes confrontés à une énigme. Nous sommes parvenus à un carrefour. Nous devons décider de nous engager dans l’une des deux voies divergentes qui se présentent à notre discernement. Nous sommes certes libres de choisir la voie dans laquelle nous nous engageons. Toutefois, la solution au dilemme se trouve dans une seule de ces deux voies. Nous savons parfaitement laquelle, même si nous ne voulons pas tous l’admettre ouvertement. Le choix que nous avons à faire, c’est entre la foi ou l’incroyance.
Sur la route de la foi en Dieu, tout est résolu, tout se tient, la cohérence est parfaite. Au bout du chemin, il y a la vie, et la vie éternelle. Tandis que sur la route de l’incroyance, tout est absurde, rien n’a de sens. Pour toute vérité, ne restent que la mort et la souffrance.
Choisissons donc lucidement la vie. Choisissons d’en prolonger l’ad-mirable parcours vers les hauteurs. Alors, nous trouverons dans la Bible une source fiable et crédible de connaissance. Car la Sainte Écriture ne se borne pas à simplement rapporter le drame à l’origine de notre espèce. Elle dénoue le dilemme. Elle montre que la voie de guérison du traumatisme de la naissance ne dépend pas d’interventions extérieures. La libération du mal ne se trouve pas dans ce qui est extérieur à l’homme mais relève de l’initiative intérieure de chacun en particulier. Chaque être humain est appelé à se guérir lui-même. Mieux, à recevoir la guérison de Dieu.
C’est pourquoi l’unique voie de solution de la tragique condition humaine est de facture spirituelle. La plupart des religions du monde prêchent, d’une manière ou d’une autre, un retour à Dieu. La conversion, c’est le remède qui marque le début de la guérison. Voici comment cette volte-face de la conscience, que constitue la conversion, opère cette guérison.
Le traumatisme de la naissance fait que l’homme a pour réflexe inconscient de refuser de naître en raison de la douleur que toute naissance implique. La conversion, elle, consiste au contraire à accepter joyeusement et avec reconnaissance de naître même lorsque cela implique le prix d’une souffrance extrême. L’acte de reconnaissance pour le don de la vie et de l’être rétablit la relation à Dieu. Il initialise la guérison du traumatisme de la naissance consécutif à la rupture de la relation à Dieu.
Dans ce contexte, l’entretien de Jésus et de Nicodème, rapporté dans l’évangile de Jean, prend tout son sens. « À moins de naître de nouveau, nul ne peut voir le Royaume de Dieu », déclare Jésus. Nicodème s’en étonne et demande comment, « étant vieux », un homme « peut-il une seconde fois entrer dans le sein de sa mère et naître ? ». Ce à quoi Jésus rétorque que ce n’est pas le corps, soit « la chair », qui doit refaire l’acte de naître mais la partie spirituelle de l’homme qui a raté son entrée dans le monde. « Ce qui est né de la chair est chair, ce qui est né de l’Esprit est esprit. » Et il insiste : « À moins de naître d’eau et d’Esprit, nul ne peut entrer dans la Royaume de Dieu » (Jn 3, 3-5).
L’eau représente la conversion, le retournement de la conscience, dont le baptême est le signe. Elle évoque le liquide amniotique dans lequel l’enfant baignait dans le sein maternel et dont il a surgi pour venir au monde. De même, le baptisé est plongé dans l’eau pour en ressurgir afin de naître à une “vie nouvelle” dans un “monde nouveau” où la dimension intérieure de la réalité est assumée et la relation à Dieu rétablie.
Le monde et les cieux nouveaux évoqués ne sont pas des réalités abstraites d’une contrée imaginaire. Ils ne sont pas uniquement à venir dans un futur inaccessible. Ils sont déjà commencés ici et maintenant ! Jésus souligne fortement qu’ils sont en lien avec la réalité terrestre et cosmique que nous percevons par les sens et que nous découvrons par la raison.
Si vous ne me croyez pas quand je vous dis les choses de la terre, comment croirez-vous quand je vous dirai les choses du ciel ? (Jn 3, 12).
— Ce qui m’étonne ici, c’est que la nouvelle naissance évoquée par Jésus soit assimilée par lui aux « choses de la terre ». On interprète habituellement la naissance « d’eau et d’esprit » pour « entrer dans le Royaume de Dieu » comme une allusion au sacrement du baptême dont l’effet se situe dans l’ordre des choses surnaturelles et non naturelles. Jésus aurait-il soutenu que la nouvelle naissance est de facture terrestre ? Votre théorie, en tout cas, me semble un amalgame, tricoté serré, de connaissances religieuses et d’hypothèses psychologiques ! De quoi y perdre son latin !
— Je reconnais que l’exposition de cette thèse soit hasardeuse ! Le problème provient du langage qui utilise les concepts pour distinguer, classer, catégoriser, séparer, opposer. La réalité est ainsi réduite à l’objet de sorte que le sujet connaissant n’est pas impliqué et se trouve exclu des considérations.
Jésus se heurte en Nicodème à cette limite rationnelle. « Tu es Maître en Israël, et ces choses-là, tu ne les saisis pas ? » (Jn 3, 10). Nicodème est pourtant féru de connaissances. C’est un érudit de son temps, tant au niveau des connaissances de la nature que de la religion. « Comment un homme peut-il naître, étant vieux? Peut-il une seconde fois entrer dans le sein de sa mère et naître ? » (v. 4). Le Pharisien réclame des précisions sur le comment d’une nouvelle naissance qu’il interprète matériellement, extérieurement plutôt que subjectivement, là où l’esprit de chacun peut s’ouvrir à une vision universelle.
Très chère Ève, je suis conscient de mélanger les genres. C’est voulu ! Car c’est de l’harmonisation des approches extérieures et intérieures de la réalité que peut jaillir la synthèse universelle. La vérité sur le monde et l’homme, sur le cosmos et l’univers, sur la raison et la foi, sur la matière et la vie ne se laisse pas enfermer dans des concepts par trop étroits et limités. Il faut autant d’intuition que de raison pour visionner ensemble les deux volets du réel.
En vérité, en vérité, je te le dis, nous parlons de ce que nous savons et nous attestons ce que nous avons vu ; mais vous n’accueillez pas notre témoignage (Jn 3, 11).
À remarquer la distinction que Jésus fait entre « ce que nous savons » et « ce que nous avons vu ». C’est-à-dire, entre la connaissance terrestre et rationnelle qui passe par les sens et la connaissance céleste et intuitive qui vient de l’intérieur. Le témoignage qu’il rend tient des deux. Et s’il n’est pas reçu, c’est précisément parce que Nicodème n’a pas vécu la nouvelle naissance dont il est question.
— Aurait-il pu la vivre puisque le baptême n’existait pas encore ?
— Certes, le sacrement chrétien n’était pas institué. Mais Jean, le Bap-tiste, prêchait déjà un baptême de repentance et plongeait ses disciples dans l’eau du Jourdain pour symboliser la transition à une vie socialement intègre et sans souillures morales. Ce qui remplissait la première condition du baptême, celle de l’eau. Pour ce qui est de la naissance en esprit, c’est autre chose. Lors du baptême de Jésus, le Précurseur a vu, pour la première fois semble-t-il, les cieux s’ouvrirent.
Il vit l’Esprit descendre, tel une colombe venant du ciel, et demeurer sur lui (Jn 1, 32). Et voici qu’une voix venue des cieux disait: « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur » (Mt 3, 17).
Si le volet eau du baptême dépend de l’initiative humaine, le volet esprit, lui, ressort de la liberté divine. L’Esprit agit en l’esprit qu’il a élu librement.
Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix mais tu ne sais pas d’où il vient et où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit (Jn 3, 8).
Pour mieux comprendre ce que tout cela veut dire et ce qu’implique cette nouvelle naissance par l’eau et l’esprit, un retour sur la courbe ascendante de la substance vivante me semble opportun (voir Courbe V). Notre discours actuel se situe entre le troisième et le quatrième palier de la Maison de la vie. Ici, nous sommes à la charnière de deux mondes, au point de jonction entre le monde de la conscience réfléchie et le monde de la conscience unifiée. Nous articulons des concepts de passage.
Dans ce contexte, est-il pertinent d’identifier à quel instant précis nous traversons la limite du troisième étage — que nous disons terrestre ou naturel — pour passer au quatrième palier — que nous qualifions de céleste ou de surnaturel ? Dès le tout début de notre démarche, j’ai soutenu que nous ne pouvions pas faire l’économie de l’un ou l’autre savoir relatif, soit celui des sciences et celui des religions. On ne peut concevoir toute la réalité en privilégiant un volet au détriment de l’autre.
Or, dans mes entretiens antérieurs avec Albert, nous avons surtout navigué dans un espace scientifique. Il est donc présentement tout à fait légitime que nous explorions ensemble le volet spirituel. Aussi, le mélange de rationnel et de mystique ne devrait pas nous scandaliser et nous faire peur. Le discours de Jésus à Nicodème ne tient-il pas, d’ailleurs, d’un tel amalgame ? C’est bien ce qu’il laisse entendre, en tout cas, par son allusion « aux choses de la terre et aux choses du ciel ».
Jésus sait que tous les humains naissent avec un blocage. Qu’on l’ex-plique comme on voudra. Qu’on l’appelle péché originel, traumatisme de la naissance ou autre chose, peu importe. Notre espèce est marquée par un conditionnement négatif qui se fait jour autour de l’inévitable souffrance de la venue au monde. Une blessure, en définitive, qui est la conséquence de la perte de la vision de Dieu à l’instant où l’esprit, c’est-à-dire l’âme immortelle, s’incarne dans une chair mortelle lors de la conception.
Ce trauma n’affecte pas la vie physique. « Ce qui est né de la chair est chair ». Le corps ne peut pas refuser de naître puisqu’il est déjà né. Il ne peut pas retourner en arrière pour s’engager à nouveau dans le passage étroit de l’utérus. C’est l’esprit en l’homme qui est concerné. De sorte que le fluide vital, qui anime le corps, en est blessé là précisément où la substance vivante parvient, depuis l’émergence de l’humanité du monde animal, à atteindre l’altitude spirituelle. Or, c’est dans ce trauma que prennent racines toutes les iniquités : crimes, injustices, péchés, vices, guerres, génocides, horreurs de toutes sortes.
Alors, ce que Jésus enseigne, c’est que pour défaire ce recul instinctif face à la vie et à l’être qui est en définitive une fuite du regard de Dieu, on doit commencer par se laver, par l’eau de la repentance, de toutes les transgressions au code de la vie qu’on a empilées les unes par-dessus les autres dans son intériorité depuis l’éveil en soi de la rationalité. Les fautes morales sont autant d’obstacles qui empêchent la lumière et la grâce divine de circuler dans la conscience pour l’éclairer et la nourrir.
Ce n’est que lorsque le parcours de l’intériorité est nettoyé et libéré que l’esprit humain devient réceptif à l’Esprit divin. La repentance rétablit la circulation de la vie, de sorte que le passage au monde de la conscience unifiée peut s’effectuer. Il est accompli lorsque l’esprit en soi accepte les affres d’une nouvelle naissance — en assumant, par exemple, les effets douloureux consécutifs aux transgressions des lois de la vie — pour accéder à la joie de vivre en plénitude, une vie débordante éventuellement sans fin, une vie qui a vaincu la mort. « Ce qui est né de l’Esprit est esprit » (Jn 3, 6).
Le baptême est donc constitué de deux éléments aussi nécessaires l’un que l’autre : l’eau et l’esprit. Ce n’est pas l’eau qui opère le passage mais l’esprit. Mais pour que l’Esprit puisse agir, une purification de la partie spirituelle de l’homme est essentielle. Le fluide vital doit être rétabli dans tout l’être. Il doit parvenir à circuler sans obstacle depuis l’origine intérieure jusqu’à l’agir extérieur, depuis la conception jusqu’au présent — ici et maintenant — où se découvre le bonheur d’être et où se fait jour l’aspiration à la béatitude.
C’est le rôle de l’eau d’évacuer les obstacles en éliminant le trauma-tisme de la naissance sur lequel les infractions au code de la vie se greffent. Lorsque cette purification est accomplie, la personne peut voir le ciel s’ouvrir. Le seuil du quatrième palier de la Maison de la vie est à sa portée. À force d’aspirations et d’appels à l’Esprit, elle se hausse au-dessus du terrestre pour s’établir au niveau céleste. Elle dépasse le monde de la conscience réfléchie en pénétrant dans le monde de la conscience unifiée. Sa véritable vie se déroule désormais dans la sphère divine. C’est « le Royaume de Dieu arrivé jusqu’à vous » (Lc 11, 20).
— Vous proposez une théologie du baptême que je qualifierais d’audacieuse, pour le moins. Selon cette théorie, le sacrement constituerait un rite de passage au quatrième palier de la Maison de la vie. Mais si l’on peut en juger d’après ce que vivent en vérité les chrétiens, le rite ne semble pas avoir toujours l’effet escompté. Selon les apparences, rien ne distingue la plupart des baptisés des autres humains. Alors, qu’en est-il du bond qualitatif qu’ils sont censés avoir accompli par le baptême?
— Deux facteurs entrent ici en jeu. D’abord, on se doit de noter que le passage ne peut s’effectuer en vérité sans la conversion. Le retournement psychologique de la conscience sur elle-même sous le regard de Dieu est une condition sine qua non de l’efficacité du rite. Or, la plupart des chrétiens ont été baptisés alors qu’ils étaient inconscients. Avant d’atteindre la pleine liberté rationnelle, l’enfant n’est pas en mesure de vivre une conversion. Il ne peut donc pas s’investir dans la vie nouvelle en esprit.
— Serait-ce à dire que le baptême des bébés n’est pas valide et qu’un grand nombre de chrétiens ne sont pas vraiment baptisés ?
— Je ne m’engagerai pas ici dans une discussion théologique ni ne m’immiscerai dans les pratiques pastorales. Je crois cependant que le baptême à la naissance est souhaitable et efficace en autant que l’enfant vit sa croissance physique et morale dans un contexte de foi vivante. Par son éducation, il peut être amené graduellement à une prise de conscience des exigences du baptême. Il pourra alors orienter sa croissance humaine en fonction du quatrième étage de la Maison de la vie plutôt que de simplement se conformer et s’adapter aux conditions de vie du troisième. Ce qui implique, pour le dire dans le vocabulaire spécifiquement religieux, qu’il se développera dans l’existence prioritairement en vue du Ciel et non pour accéder uniquement aux réalités terrestres.
Or, il arrive que le baptême soit administré sans que soit assuré le contexte nécessaire à une conscientisation éventuelle du sujet. Il y a là un problème qu’il n’est pas de mon ressort de résoudre. Il relève des autorités religieuses. On peut toutefois comprendre qu’avant d’abolir la pratique du baptême des enfants en raison d’un milieu défavorable, elles doivent se souvenir de ne pas éteindre « la mèche qui fume encore » (Is 42, 3). L’Esprit « souffle où il veut » (Jn 3, 8). On a raison de tenir compte de la merveilleuse imprévisibilité de son action transformatrice.
Une activité de l’Esprit qui n’est pas toujours parfaitement accueillie par notre nature humaine, cependant. Et c’est là mon deuxième point. On se doit de souligner une gradualité de la démarche baptismale qui va de pair avec le développement humain et la fragilité qui sous-tend la croissance personnelle. Il y a eu dans le passé, et il y aura encore dans l’avenir, des cas où le passage du troisième au quatrième étage s’est effectué instantanément, spectaculairement et de manière permanente.
Ce sont là des conversions fulgurantes exceptionnelles. Ce n’est pas le lot du grand nombre. Les humains, pour la plupart, vivent une gradualité de passage entre les deux niveaux. Ils progressent dans leur croissance à la fois humaine et spirituelle mais non sans hauts et bas, sans avancés et retours en arrière, sans alternance entre évolution et régression. Le passage pourra même n’être complété qu’à la fin, à la dernière heure de l’existence. Et même après la mort. L’Église croit à l’existence d’un lieu accessible après la mort — le purgatoire — où l’âme peut se purifier et parachever son évolution.
— Le déplafonnement évolutif de l’humanité dépendrait donc du rite du baptême ! Votre énoncé paraîtra irrecevable à certains. Il faut la foi pour le croire. L’incroyant n’y trouvera pas son compte.
— Devrait-on s’excuser de croire ? Devrait-on se priver de croire parce que d’autres ne croient pas ? La lettre aux Hébreux affirme que « la foi est la garantie des biens que l’on espère, la preuve des réalités qu’on ne voit pas » (Hé 11, 1).
La foi chrétienne est la plus grande conquête de l’intelligence. C’est le sommet de la connaissance. La foi commence là où la raison arrive au bout de ses potentialités. Lorsque la raison ne peut plus avancer, la foi prend la relève. L’intelligence peut ainsi atteindre des sommets que la raison ne soupçonne pas. Je ne dirai pas que la foi fait logiquement suite à la raison, car elle dépasse la logique… Non pour la nier ou la mépriser mais pour la déplafonner. Non pour tomber dans l’absurde mais pour résoudre toutes les problématiques.
Dans le domaine scientifique, on juge de la valeur et de la vérité d’un énoncé ou d’une expérience par son efficacité. De la même manière, jugeons de la foi par sa capacité à trouver des solutions aux énigmes de l’existence. Jugeons-en comme d’un moteur qui propulse efficacement l’humanité sur le chemin de l’évolution véritable.
— Le baptême est un rite de passage chrétien. Serait-ce à dire que les autres religions n’ont pas accès au quatrième palier de la Maison de la vie ?
— La ferveur religieuse contribue à inscrire le développement dans la perspective du quatrième. L’amour de Dieu et l’aspiration à vivre sous son regard constituent la substance du baptême en l’absence de rite. C’est le baptême de désir. Dans tous les êtres humains, quelles que soient leur culture et leur religion, peut se faire jour une nostalgie de Dieu qui incite à croire en un monde meilleur et à désirer y accéder. Toutes les religions du monde ont élaboré leurs doctrines et construit leurs mythes à partir de cette aspiration innée. Ce ne sont ni les mythes ni les rites ni les systèmes de pensée, toutefois, qui garantissent l’accès à ce monde nouveau mais bien le désir du divin que chacun peut expérimenter et accroître jusqu’au paroxysme mystique.
Les doctrines que les religions véhiculent peuvent être fausses. Les rites qu’elles initient peuvent être inefficaces. Ce qui fait foi de tout, c’est la disposition réelle du cœur humain. L’aspiration de l’homme qui a faim de Dieu ne ment pas. Le cœur qui aime ne sera pas déçu.
— Plongé qu’il est dans le tumulte de la vie extérieure, l’être humain peut éprouver un besoin de paix. Il peut alors être amené à rechercher l’Éden intérieur en se repliant vers son Origine. Il entre ainsi en relation avec la divinité. Vues de cette perspective, les religions polythéistes de l’orient ne peuvent-elles pas particulièrement susciter notre intérêt ?
— Elles ont certes beaucoup à dire dans l’exploration de l’intériorité. À une nuance près, toutefois. La guérison du traumatisme de la naissance ne dépend pas d’une régression de la conscience. Il ne s’agit pas de se réapproprier psychologiquement l’Origine pour colmater la rupture initiale. Une telle démarche d’introversion n’est pas véritablement à notre portée.
Car pour combler la brèche causée par la chute, il faudrait que l’être humain parvienne à s’anéantir lui-même afin de se fondre dans l’Océan primordial et indifférencié à l’Origine de l’univers. C’est peut-être une possibilité théorique mais là n’est pas la route authentique. La bonne démarche ne consiste pas à refuser l’existence mais à l’assumer dans la joie et la paix que Dieu a voulues à l’origine mais dont notre espèce s’est détournée en se laissant séduire par le Tentateur. La solution passe par la pleine réalisation de l’humain et non par sa négation.
La substance vivante doit unifier l’intériorité et l’extériorité — le corps et l’âme ensemble — pour atteindre valablement la plénitude de la vie immortelle. La divinisation de l’homme s’accomplit par l’Esprit qui doit circuler librement dans toutes les dimensions de l’être. De telle sorte que la Lumière divine puisse purifier et transformer l’homme pour en faire un être saint, un être parfait digne d’être incorporé au Corps de Dieu.
— À cet égard, l’illustration graphique de la courbe ascendante de la substance vivante me laisse perplexe sur un point. Selon ce que vous présentez, le baptême effectue le passage du troisième au quatrième palier de la Maison de la vie en guérissant la blessure originelle. Or, cette séquelle remonte à une transition antérieure sur la courbe, celle du deuxième au troisième, du monde des multicellulaires au monde de la conscience réfléchie. Entre ces deux passages, n’y a-t-il pas un vide, une absence ? Votre thèse me laisse l’impression d’un court-circuit, d’un bond qualitatif — directement de la bête à l’Ange, en quelque sorte — qui ravale l’être humain au second plan.
— Très chère, entre ces deux passages, il y a l’époustouflante trajectoire préhistorique et historique de l’humanité. Les héroïques efforts que l’humanité a déployés, au milieu des vicissitudes et face à des obstacles quasi insurmontables, ont façonné sa tragique beauté et l’ont revêtu d’une incomparable dignité.
Or, aucun humain particulier ne peut être tenu responsable de ce parcours. Nul homme du monde n’est parvenu à imposer une quelconque destination à l’humanité. Et ce n’est pas faute d’avoir essayé, particulièrement depuis les derniers siècles.
L’humanité a marché avec persévérance, mais sans savoir où elle allait, sous la conduite d’un Guide invisible. Le psalmiste soutient que « le plan du Seigneur demeure pour toujours, les projets de son cœur subsistent d’âge en âge » (Ps 33, 11). Nous l’avons déjà constaté, la chute originelle n’a pas compromis le plan de Dieu sur l’univers et sur l’homme. Elle n’a pas fait dérailler l’évolution de l’humanité. Elle a simplement fait que cette évolution se poursuive au milieu des adversités et des iniquités de toutes sortes plutôt que dans la paix et l’innocence voulues par le Créateur.
— Votre présentation me plonge dans l’inquiétude et la confusion. Vous faites entendre que l’humanité préhistorique n’était pas assez évoluée pour atteindre le quatrième étage de la Maison de la vie. Il s’ensuivrait, en toute cohérence avec vos conceptions, que les espèces primitives auraient été exclues du salut et que seul l’homme moderne peut être sauvé par la grâce du baptême. Or, tout mon être se révulse à cette idée.
— Je comprends votre malaise. À ce questionnement, je n’ai pas d’autre réponse que la foi. Dieu est juste et miséricordieux. Il ne condamne pas les personnes en raison de leur ignorance ou de leur pauvreté. C’est tout le contraire ! Comme l’a dit Jésus, précisément à propos du salut, « ce qui est impossible pour les hommes est possible pour Dieu » (Lc 18, 27).
Quant aux lointains ancêtres d’Homo sapiens, la culture ambiante véhicule des stéréotypes peu flatteurs à leur endroit. Ces clichés projettent l’image d’espèces grossières, entre l’homme et la bête, qui habitaient de sombres cavernes et dont l’intelligence était plus ou moins développée.
Pour ma part, je les imagine au contraire comme des êtres nobles, conscients de leur dignité et proches de l’âme immortelle dont ils se savaient dotés. J’ai de bonnes raisons de croire qu’ils étaient mêmes plus spirituels que l’homme moderne.
Des évidences découvertes par la paléontologie montrent que des espèces antérieures à Homo sapiens ensevelissaient leurs morts avec honneur et respect. On a détecté des pollens dans des sépultures néandertaliennes indiquant que le corps a été couvert de fleurs avant d’être enseveli dans une posture fœtale. On a aussi trouvé des ossements d’un homme lourdement handicapé qui n’aurait pu survivre dans son contexte, il y a des dizaines de milliers d’années, sans bénéficier de l’assistance de congénères animés de compassion.
Ce sont là des indices qui témoignent de conceptions religieuses fondamentales. Je suis convaincu que la sainteté n’était pas inexistante durant la préhistoire. Les populations dites primitives abritent toutes au milieu d’elles des devins, des sages, des prophètes qui témoignent d’une démarche spirituelle. Toutes les populations primitives croient unanimement à la réalité de l’Au-delà.
Dans la Genèse, il est fait explicitement mention de la sainteté durant la période antédiluvienne, que nous pouvons, non sans de bonnes raisons, associer à la préhistoire. L’un des deux fils du premier couple, Abel plaisait à Dieu (cf. 4, 4). Le fils de Seth, Énosh, « a été le premier à invoquer le nom de Yahvé » (4, 26). Plus loin dans la généalogie de Seth, « Hénok marcha avec Dieu, puis il disparut, car Dieu l’enleva » (5, 24). À la toute fin de cette période préhistorique, « Noé avait trouvé grâce devant Dieu » car « il était un homme juste, intègre parmi ses contemporains, et il marchait avec Dieu ».
Certes, la sainteté de l’homme primitif a pu être différente de celle à laquelle l’homme moderne est appelé. Elle visait surtout l’humanisation tandis que l’actuelle concerne la divinisation. Elle était principalement orientée vers le planétaire tandis que la contemporaine embrasse l’univers.
Je m’explique ! Au début du parcours évolutif de l’humanité, la substance vivante poussait prioritairement les humains à aménager l’environnement terrestre. Pour favoriser le développement de l’humanité et lui permettre d’assumer sa vocation terrestre, il fallait assurer, au milieu de la nature sauvage, un habitat sécuritaire et développer les liens sociétaires indispensables à la survie de l’espèce. C’est pourquoi la fécondité biologique, la prospérité, l’hospitalité, le sentiment d’appartenance à une lignée humaine forte et courageuse dans le combat, l’audace jusqu’à l’héroïsme dans la recherche de meilleures conditions vitales constituaient l’archétype de sainteté des cultures préhistoriques et historiques antérieures à l’avènement du judaïsme et du christianisme.
Mais ces visées ne suffisent plus lorsque le développement humain atteint un haut niveau et approche de son apogée. Une fois qu’un milieu de vie favorable à l’épanouissement des potentialités individuelles est réalisé, l’exigence d’un dépassement commence à se manifester plus intensément. Car la vocation de l’humanité ne consiste pas uniquement à aménager la planète. L’humanité est aussi appelée à s’échapper des limites du terrestre pour inscrire son développement dans tout l’univers où elle est amenée à poser la question de l’être. Alors, une soif nouvelle émerge en l’homme. Le “goût du Ciel” survient plus lancinant que jamais en parallèle à l’entrée de l’humanité dans l’espace cosmique.
La substance vivante fait tendre l’homme vers une vie sans fin. Non uniquement une vie de l’esprit. Non une vie désincarnée comme celle d’un Ange, selon ce qu’on l’imagine, mais une vie pleinement humaine. Une vie avec un corps, une vie revêtue d’une chair immortelle. Une vie à la fois autre et semblable que l’on peut concevoir en se représentant le contraste entre les pensées d’un homme dont la chair est mortelle et celle d’un homme dont le corps serait immortel.
Tandis que l’homme mortel, par nécessité, occupe sa vie avec les cho-ses de la Terre, l’immortel, n’ayant plus besoin du terrestre, n’a de pensée que pour l’Être. Il ne pense plus en termes planétaires mais en termes “cosmiques”, universels. Sa conscience prend une expansion telle qu’elle englobe l’univers-même, son milieu véritable de croissance vitale. Parvenu au bout de son périple, à l’apogée de la conscience unifiée, l’immortel est intégré à l’Existence absolue au-delà du terrestre. Il n’a alors de conscience que pour l’Auteur de l’univers, assimilé qu’il est, mais sans perte d’identité, avec les autres habitants du Ciel, comme une infime cellule dans un immense Corps, le Corps de Dieu.
— Une telle destination de l’humanité me semble aujourd’hui bien lointaine. L’humanité immortelle, en tout cas, n’est pas à la portée de nos vies.
— Ce jour est plus proche que vous ne pensez. Reportons-nous à la Courbe V. Considérons la flèche horizontale qui représente le déroulement de l’espace-temps et pointe vers le présent. Comparons le temps que prend le monde des unicellulaires pour accoucher du monde des multicellulaires au temps alloué au développement du monde de la conscience réfléchie. La réduction est considérable, n’est-ce pas? Le premier monde étale son développement sur plus de deux milliards d’années. Parvenue à l’homme, l’évolution se boucle en plus ou moins quatre millions d’années.
La décroissance du temps du rez-de-chaussée au deuxième étage, et du deuxième au troisième, s’explique par l’accélération de l’évolution. L’augmentation du rythme des transformations découle du fait que plus la substance vivante s’élève sur la courbe, plus elle s’intensifie dans les organismes. Ce qui a pour effet une réduction du temps pour couvrir une même distance qualitative entre le plancher et le plafond d’un palier. Il est donc tout à fait vraisemblable, en tenant compte de cette accélération, que le parcours entre le début et l’apogée du monde de la conscience unifiée puisse s’accomplir en quelques milliers d’années seulement.
— La transition entre le corps mortel et le corps immortel dans l’humanité pourrait donc être imminente ?
— En regard des milliards d’années qui ont préparé cet avènement, on peut effectivement l’estimer proche. Mais cette évaluation est toute relative. L’incorporation au Corps divin pourrait survenir n’importe quand. Ni la raison ni l’intuition spirituelle ne sont en mesure de l’estimer.
Ce que l’on peut toutefois observer à cet égard, c’est qu’il existe une solution de continuité dans le parcours de la substance vivante d’un étage à l’autre. De l’unicellulaire au multicellulaire, de l’animal à l’homme, de l’humain au divin, c’est toujours la même réalité. La substance vivante ne pourrait souffrir de rupture sans subir l’échec de son projet. Une discontinuité impliquerait la fin de l’alliance entre MATIÈRE et VIE.
Entre le plafond d’un étage et le plancher de l’étage au-dessus, d’ail-leurs, la différence peut apparaître minime au départ, et même passer inaperçue au regard superficiel. La transition entre les mondes se fait inévitablement en un nombre d’étapes intermédiaires successives. Mais à la fin du parcours d’un monde particulier, toute l’ampleur de la transformation évolutive survenue au travers des tâtonnements obscurs des débuts se révèle.
Par exemple, entre les premières agglomérations d’unicellulaires travaillant en synergie pour accomplir des fonctions complémentaires et la diversité du monde des pluricellulaires qui s’ensuivra à l’apogée de son développement, la distance qualitative est incalculable. Il y a pourtant continuité et cohérence entre les deux niveaux.
Eh bien ! cette continuité qui s’observe d’un monde à l’autre, s’appli-que aussi de l’espèce au spécimen, donc, de la réalité collective du genre humain à la vie individuelle. C’est le même tissu vivant qui fait l’humanité dans son ensemble et chaque personne en particulier. De sorte que le parcours des personnes est un calque de la trajectoire communautaire de l’humanité. La vérité collective se répercute sur l’individu et vice versa.
Si donc le baptême des personnes individuelles est devenu possible, c’est parce que l’humanité, dans son parcours évolutif a déjà été baptisée lors de sa naissance, un certain dimanche de Pâques. Le croirez-vous ? Je vous le dirai d’emblée avec toute la gaucherie visionnaire qui caractérise l’expression de ma pensée. L’humanité est née il y a deux mille ans seulement. Aussi farfelue que cette affirmation puisse paraître pour le point de vue objectif, c’est une vérité subjective de la philosophie quantique qu’il me tarde de dévoiler.
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